10 choses que vous ne savez peut-être pas encore sur la Seine-Saint-Denis (aka le département le plus cool de France)

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Savez-vous que la Seine-Saint-Denis, possède le taux de création d’entreprises le plus élevé de France ? Que les créateurs d’entreprise sont plus jeunes et plus diplômés qu’ailleurs ? Que c’est l’un des endroits les plus connectés ? Le département du futur, on vous le dit !

 

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Savez-vous qu’on compare déjà la Seine-Saint-Denis, à Brooklyn et Shoreditch, quartiers artistiques ultra-branchés à New-York et à Londres ? On y a répertorié pas moins de 1 930 postes à pourvoir dans le milieu artistique – musique, danse, spectacles, professeurs d’art – rien qu’en 2016.

 

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Killian Mbappé , Sarah Ourahmoune , Souleymane Cissokho, Patrice Annonay Yvan Woudanji … Aux JOP 2016, la Seine-Saint-Denis a remporté 14,28 % des 42 médailles françaises. Pas mal pour un département qui ne représente que 2,39 % de la population française !

 

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Plantations de pommes de terre, production de miel sur les immeubles, champignonnières, murs à pêches, jardins partagés, bière brassée localement… La Seine-Saint-Denis a bien saisi le potentiel de l’agriculture urbaine. A tel point qu’une commune du département a donné son nom à une variété de pommes de terre !

 

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Un département d’Histoire ! Il y a bien entendu la Basilique Saint-Denis , avec les sépultures des reines et rois de France, mais pas que. Poussez la porte d’une ancienne ferme à Tremblay en France, découvrez le jardin d’une « folie » à Villemomble, promenez-vous le long des allées de la cité jardin de Stains… et prenez une leçon d’Histoire !

 

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Dès la fin du 19ème siècle, Georges Méliès en 1897 puis Charles Pathé en 1904, y ont installé leurs studios de cinéma. Aujourd’hui, nous avons l’Ecole de la Cité ou encore la prestigieuse Ecole nationale supérieure Louis-Lumière pour assurer la relève du Septième Art.

 

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Intouchables, Hunger Games, Populaire… De nombreux films sont chaque année tournés en Seine-Saint-Denis. Le réalisateur Olivier Babinet s’est même dit « inspiré » par le 93 pour son film Swagger, nommé à Cannes en 2016 !

 

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En Seine-Saint-Denis on a aussi bien les meilleurs du rap et du hip-hop français que la Maîtrise de Radio France

(à Bondy) ! Tout est dans l’éclectisme !

 

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Construction d’éco-quartiers, promenades le long des canaux, mise au vert… 15 parcs et forêts sont classés en site « Natura 2000 » depuis 2006, un cas unique en Europe. Pas étonnant que de plus en plus de monde – en particulier des jeunes couples avec enfants – veuille s’y installer !

Anne Nguyen, une chorégraphe classe break

Passée par les arts martiaux avant de venir au break, cette chorégraphe et danseuse s’attache dans son travail à révéler une facette plus artistique du hip-hop. Une danse qu’elle a notamment découverte en Seine-Saint-Denis, qui fut précurseur dans le domaine.

« Le break, j’y suis venue parce que ça me faisait penser aux arts martiaux, que je pratique beaucoup. Ce côté dépassement de soi dans l’effort, l’aspect spirituel, le rapport au sol aussi. En fait c’est simple : pour moi, le break, c’est un peu un art martial contemporain ». Quand Anne Nguyen parle, elle va droit au but, comme ses danseurs : pas un geste, une fioriture de trop, c’est au cordeau, clair et beau comme un kata.

« Kata », c’est d’ailleurs le titre de son nouveau spectacle, conçu pour 8 breakeurs dont une femme, pour lequel elle est en résidence à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. « Kata, c’est un terme qui signifie « forme » en japonais et qui fait référence aux enchaînements qu’on apprend de son maître dans plusieurs arts martiaux », explique celle qui, avant la danse, a pratiqué et continue de pratiquer viet vodao, jiu jitsu brésilien et capoeira.

« Les arts martiaux ont d’une certaine manière été pour moi la porte d’entrée vers la danse »

« Les arts martiaux ont d’une certaine manière été pour moi la porte d’entrée vers la danse », se souvient cette chorégraphe de 37 ans, tout en concédant avoir découvert la danse « sur le tard ». « Ado, la danse, c’était un rapport à la séduction qui ne me plaisait pas trop. Mais ensuite, avec le hip-hop, j’ai vu que ça pouvait être autre chose : j’ai eu envie de travailler ce rapport au corps et la possibilité de créer des personnages », explique Anne Nguyen.

A cet égard, son séjour à Montréal en 1999, alors qu’elle est encore étudiante, constitue une expérience fondatrice : des amies d’un cours de capoeira lui font découvrir le break, cette danse « physique, à l’énergie tellurique » qu’elle ne lâchera plus. De cette rencontre coup de foudre découlent des années comme danseuse interprète pour différentes structures, puis la création de sa propre compagnie, au nom prédestiné, « par Terre ».

Un rapide coup d’œil aux titres de ses précédents spectacles renseigne déjà sur l’univers de cet esprit éclectique. « Racine Carrée », « Lettres à Zerty » renvoient à sa pensée scientifique, elle qui a étudié en maths-physique. « Yonder Woman » ou encore « Danse des guerriers de la ville », dont le titre paraît emprunté à Paulo Coelho, puisent davantage aux sources de sa poésie du quotidien et à sa volonté de révéler la beauté du geste.

A l’Espace 1789 de Saint-Ouen, Anne Nguyen a donc eu trois ans de résidence (soutenue par le  Département) pour travailler sur ses différentes créations et approfondir davantage ces liens entre arts martiaux et break. Pour transmettre son art à des primaires, collégiens, lycéens, plusieurs MJC et associations aussi. « J’aime bien être au contact des jeunes. Généralement, lors des ateliers qu’on fait ensemble, je tâche d’être tout de suite dans la pratique parce que ce qu’ils veulent, c’est bouger. Mais bon, je tâche aussi de les sensibiliser à ma démarche artistique », dit celle qui intervient également devant une classe de Sciences-Po Paris.

La Seine-Saint-Denis, Anne Nguyen connaît bien, même si elle-même est originaire du Val-de-Marne. Ne serait-ce que parce qu’elle fait partie de cette génération qui a vécu les débuts du rap français, dont les têtes d’affiche s’appelaient alors Suprême NTM et leur fameux « Seine-Saint-Denis style ». « Des villes comme Saint-Denis ou Aulnay, avec le centre de danse du Galion, étaient alors très dynamiques sur la scène hip-hop. Après Châtelet ou La Défense, c’était l’endroit où se retrouver pour s’entraîner et participer à des battles. Donc oui, dans mes jeunes années, j’y suis beaucoup allée ».

La Seine-Saint-Denis, « Un territoire hyper dynamique au niveau culturel »

Par conséquent, devenir ambassadrice du IN Seine-Saint-Denis coulait de source pour cette jeune femme : « Avec le Grand Paris, j’estime que ce projet de marque est une manière de valoriser encore davantage le dynamisme de ce territoire. Et celle qui a aussi été en résidence au théâtre Louis-Aragon de Tremblay avant son séjour à Saint-Ouen de tresser un vibrant éloge des politiques culturelles du Département : « c’est un territoire hyper dynamique au niveau culturel. Du coup, ça touche aussi la danse hip-hop, et c’est une grande chance ». Avec l’enthousiasme d’Anne Nguyen, les guerriers de la ville n’ont pas fini de danser.

 

Christophe Lehousse

 

N.B : « Kata », spectacle pour 8 breakeurs, sera joué du 16 au 19 janvier à l’Espace 1789 à Saint-Ouen. 15 euros plein tarif, 11 euros tarif réduit. Pour plus d’informations : https://www.espace-1789.com/spectacle/kata

La Bifurcation ou l’itinéraire gourmand de Youssouf Sokhna

Attention déviation gourmande, veuillez prendre le chemin de la Bifurcation… C’est un peu le conseil GPS qu’on pourrait donner, en cette fin d’année festive, aux amateurs de découverte gastronomique. Au 7 rue Marceau, à l’ombre des Tours Mercuriales à Bagnolet, Youssouf Sokhna, 31 ans, a en effet ouvert depuis 2015 son restaurant (1) dont l’enseigne violette indique « La Bifurcation. » Ce qui ne veut pas dire qu’il est un Bison futé des fourneaux mais plus simplement que sa carte « bifurque entre les cuisines africaines et françaises. Et ma cuisine, c’est aussi beaucoup de moi… » L’histoire d’un fils d’agriculteurs de Salibabi dans le Sud de la Mauritanie, à quelques kilomètres des frontières du Mali et du Sénégal, qui lors des retours au bercail de son oncle Abdoulaye, cuisinier en région parisienne, se délecte de « ses récits autour d’une gastronomie française qui m’intriguait, avec ses façons de faire très différentes de chez nous. En Afrique, on prépare un plat commun, puis tout le monde mange en même temps. Lui nous racontait les différents plats, les entrées, les desserts, la vaisselle multiple… »

De Ladurée à Ledoyen

Sa curiosité alliée à son goût pour concocter la popote familiale et des envies d’ailleurs le poussent donc en 2005 à faire le grand saut dans le bac de plongée d’un bistro parisien. Débarqué en France avec une faim de découverte culinaire, il va « squatter » les cuisines des établissements où il enchaîne les tâches ingrates du métier jusqu’à se faire remarquer par un chef qui le pousse à passer son CAP de cuisinier. Le voilà lancé dans la gastronomie à la française puisqu’il va, ensuite, gravir les échelons dans différentes adresses parisiennes de prestige : Ladurée sur les Champs-Elysées, le Pavillon Ledoyen, la Closerie des Lilas… Autant d’expériences qui ne l’empêchent pas de garder dans « un coin de la tête l’idée d’ouvrir mon propre restaurant. » Bagnolet, son premier port d’attache, sera sa terre promise : « C’est une ville qui me ressemble et qui ressemble à ma cuisine, affirme-t-il. Ça bouge, c’est mélangé, alors j’ai voulu m’y installer pour prouver aussi qu’on ne mange pas que des sandwichs, des kebabs et des frites en Seine-Saint-Denis. »

Sorgho et cacahuètes

Non loin de l’Hôtel de Ville de Bagnolet, les plats servis dans son restaurant avec terrasse célèbrent donc depuis deux ans le mariage des saveurs africaines et françaises. « Ça va du risotto au sorgho, en passant par les œufs meurette au tamarin, jusqu’au carré d’agneau à la croute de cacahuète », nous allèche-t-il. Un concept qui emploie désormais quatre personnes, joue la carte des circuits courts en privilégiant les commerçants bagnoletais et lui a permis de décrocher le 7 décembre 2017 le Prix Espoirs de l’Economie 2018 -catégorie créateur- placé sous les auspices de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Seine-Saint-Denis et de la marque territoriale du « In-Seine-Saint-Denis » dont il vient d’endosser le rôle d’ambassadeur. Car,

« son parcours et sa réussite sont un exemple des richesses que sait produire le brassage des cultures dans notre pays et notre département particulièrement »,

observe Stéphane Troussel, le président du Conseil Départemental qui lui a remis son prix. Une distinction que Youssouf Sokhna dit, lui, recevoir

« comme un encouragement à continuer, à montrer qu’on peut faire de belles et bonnes choses dans le 93. C’est pour ça d’ailleurs que j’essaie toujours de recruter mes apprentis dans le Département. »

Histoire, peut-être, de faire bifurquer d’autres destins vers les chemins de l’excellence gastronomique.

Frédéric Haxo

Herman Diephuis : portraits chorégraphiques

Elles s’appellent Christine, Cathy, Delphine, Dominique, Vandijk ou encore Elisabeth. Dans le joli pavillon Maurouard, situé au milieu des arbres du parc forestier de La Poudrerie, toutes attendent avec impatience le début de l’atelier. « C’est la première fois que je viens, j’ai raté le premier », confie Vandijk avec une pointe d’anxiété. 
Comme Herman Diephuis, cette habitante de Sevran tombée amoureuse de la France il y a 10 ans, est née aux Pays-Bas. C’est grâce à son amie Christine qu’elle a entendu parler des ateliers mis en place entre novembre 2017 et mars 2018 par le théâtre Louis-Aragon de Tremblay-en-France.

« Ce qui est bien, c’est qu’on peut participer sans vraiment savoir danser. On voit comment travaille un chorégraphe. Herman a l’habitude des amateurs, il est très ouvert, très à l’écoute, il y a un bel échange »,

nous raconte Christine enthousiaste.
Rapidement, ce deuxième atelier débute. Le petit noyau de femmes, qui se tenait serré près des larges fenêtres, s’éclate dans la salle aux murs jaune poussin du pavillon. Les onze participantes et le chorégraphe marchent à la découverte de l’espace, ils se saluent en se regardant dans les yeux, puis avec les pieds, les hanches, le front, les épaules… Les rapports deviennent plus intimes, et la gêne des premiers instants se dissipe rapidement. La bonne humeur est palpable mais il est déjà temps de passer au vif du sujet. Le chorégraphe explique aux quelques nouvelles qu’il souhaite travailler autour du portrait et de la représentation de soi. Pour cela, il dispose sur l’estrade des dizaines d’images, mêlant peintures flamandes du 17e siècle à des icônes pop plus actuelles. Ainsi Justin Bieber, Barack Obama, David Bowie ou encore Beyoncé côtoient des portraits de Rubens. Chaque participante doit choisir 8 portraits pour adopter leurs postures dans un enchaînement de mouvements.

« Vous êtes libres d’interpréter les images. Le support est là, mais sentez vous libres d’en faire ce que vous voulez »,

explique le chorégraphe. « Si la position vous évoque quelque chose, exprimez-le. »

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Appliquées, elles mémorisent les mouvements alors que la musique qui va les accompagner résonne dans la salle : une reprise de « Teen Spirit » de Nirvana par Patti Smith.

« J’ai choisi la musique pour le tempo et pour son humeur. Il y a quelque chose de profondément mélancolique qui me fait penser à ce groupe »,

explique Herman Diephuis. « Chaque corps bouge à sa façon, le choix des postures, ça veut dire quelque chose sur les gens. On rentre dans les tableaux, on ne se contente pas de les regarder comme dans un musée ! C’est une excuse pour faire des mouvements que sans l’image on ne ferait pas. »

Les répétitions terminées, les femmes se lèvent une à une pour effectuer leur enchaînement chorégraphique sous l’œil attentif du chorégraphe. Elles finissent toutes debout au fond de la salle dans un portrait de famille étrangement harmonieux. Au fil des passages, Herman Diephuis les encourage, tout en leur prodiguant des conseils très personnalisés. Rien ne semble échapper à son regard aiguisé – et bienveillant. Pour clore cet atelier, le chorégraphe leur demande d’interpréter collectivement des compositions de tableaux de Rubens ou encore du Caravage. Elles s’exécutent dans une bonne humeur enfantine : en deux heures, des liens se sont tissés et la confiance s’est installée. Le prochain atelier aura lieu le 9 décembre, et les participantes ont déjà toutes hâte d’y être.

Constance Bloch
Photos : @Nicolas Moulard

Claire Diao, passeuse de cinéma

On est arrivés depuis seulement 10 minutes et déjà, on a salué une bonne partie des résidents du MédiaLab93 de Pantin. 

« Je suis comme ça, depuis toute petite, je mets toujours tout le monde en contact, c’est une seconde nature chez moi »,

dit Claire Diao de sa voix enjouée et grave.

Depuis avril dernier, la jeune femme de 32 ans se sent comme un coq en pâte dans cette ruche d’entreprises spécialisées dans les médias et le numérique, nichée dans les anciens Magasins généraux de Pantin. Elle-même y est entrée pour donner une assise à sa toute nouvelle société de distribution, Sudu connexion.

« J’ai créé cette société (qui compte pour l’instant une quinzaine de films dans son catalogue) pour faire entendre la voix de l’Afrique au cinéma, encore trop minoritaire dans les grands festivals européens. Sudu, ça veut dire « maison » en peul, la langue de mon père », commente aussitôt la jeune femme.

Tout comme les cinéastes dont elle fait le portrait depuis de longues années maintenant pour le Bondy Blog puis d’autres médias, Claire Diao revendique en effet une multiplicité d’identités. Franco-burkinabè, femme et citoyenne du monde. Née à Dakar et ayant grandi à Lyon, elle est ensuite partie sur les traces des origines burkinabè de son père, une culture qu’elle ne connaissait que de loin, et qu’elle a fait sienne.
« Je me suis toujours dit que ce n’était pas possible d’avoir une double culture et d’en connaître une mieux que l’autre. Alors, à l’âge de mes 18 ans, j’ai décidé de séjourner plus longtemps dans la famille de mon père. Et depuis, j’y vais au moins tous les 2 ans à l’occasion du Fespaco, le plus grand festival africain du continent, à Ouagadougou. »

COLMATER L’HISTOIRE OFFICIELLE

C’est d’ailleurs à l’occasion de ce stage que Claire Diao sera confirmée dans son désir de cinéma, et plus exactement d’ambassadrice avisée du cinéma. « J’étais chargée d’organiser un ciné-débat à l’institut français de Ouagadougou autour du film de Polanski « Le Pianiste ». Et là, l’enthousiasme des lycéens ouagalais m’a bluffée, en comparaison de l’indifférence qu’on peut parfois observer chez certains lycéens en France. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire, transmettre le cinéma. » Et il suffit de l’entendre nous parler de « Necktie Youth », du Sud-Africain Sibs Shongwe La Mer, de « Stories of our lives » d’un collectif de cinéastes kenyans sur l’homophobie ambiante de ce pays ou encore de « La Mort de Danton » de l’Aulnaysienne Alice Diop, qu’elle cite parmi ses films préférés, pour comprendre qu’elle ne s’est pas trompée de vocation.
C’est que pour elle, le cinéma, c’est bien plus que du ciné : une fenêtre sur le monde, une affirmation de soi, « une manière aussi de boucher les trous d’une histoire officielle qui présente tant de failles, tant de non-dits »« Et à titre personnel, c’est aussi amusant de voir que c’est notamment le cinéma qui fait le lien entre mes deux cultures. Il suffit ainsi qu’arrive le Fespaco pour que j’entende le téléphone sonner à la maison : « Alors c’est bientôt le Fespaco ? Tu arrives quand à Ouaga ? »

Cette double culture, Claire Diao pourrait en parler pendant des heures. Persuadée que ce bagage est une richesse et un moteur- chez elle comme chez d’autres. Au point d’en avoir forgé un concept dont elle a fait le titre de son récent livre : « Double Vague ». Ou comment une nouvelle génération de réalisateurs, issus des quartiers populaires et souvent de double culture, est en train de donner un nouvel élan au cinéma français.

double-vague

Alice Diop, Maïmouna Doucouré, Rachid Djaïdani, Houda BenyaminaMohamed Hamidi, la liste est longue… Et les jeunes cinéastes made in Seine-Saint-Denis ne sont pas les derniers à surfer cette double vague… Avec pour dénominateur commun entre tous ces regards l’envie de prendre la parole, de montrer une France populaire, métissée et bien réelle, mais souvent fantasmée et mal montrée au cinéma. Or, pour Claire Diao, il y a urgence : « Il y a un vrai besoin de représentation de cette France-là au cinéma. C’est important que des enfants puissent voir des Noirs ou des Maghrébins dans des rôles diversifiés, non-stéréotypés pour pouvoir se projeter. Seulement, aujourd’hui, on va se contenter de nous montrer un ou deux parcours de gens de double culture qui ont réussi pour dire : « vous voyez, c’est possible ». Ce n’est pas suffisant. Voilà pourquoi dans mon livre, il y a 50 cinéastes, avec autant de sensibilités différentes », dit celle qui s’était au départ lancée dans l’aventure pour le Bondy Blog et a formalisé au final son travail dans une enquête passionnante.

Autant dire que quand Alice Diop et Maïmouna Doucouré ont été couronnées toutes deux par le César du meilleur court-métrage en février dernier – respectivement pour « Vers la tendresse » et pour « Maman(s) » – le coeur de Claire a fait un bond. Cet été, les trois ont d’ailleurs tenu à sceller leur amitié en allant présenter le livre de Claire à Dakar. « Inoubliable. J’avais enfin l’impression que cette phrase rabâchée si souvent dans ma jeunesse, « Française née à l’étranger, département 99 », prenait un sens différent », souffle cette dernière.

TERRITOIRE-MONDE

Et le 93 dans tout ça ? Comment une baroudeuse comme Claire Diao y a-t-elle posé ses valises ? Là encore, le cinéma a bien fait les choses. Après un master en études cinématographiques passé à Lyon, la jeune pasionaria du ciné se fait embaucher par une association proposant à des habitants des quartiers de réaliser des courts-métrages avec l’aide de réalisateurs déjà confirmés. Ces tournages, qu’elle supervise en compagnie de Pascal Tessaud, Atisso Médessou, Keira Maameri et d’autres, la mènent notamment dans le 93. L’alchimie ne tarde pas à opérer.

« Quand j’ai mis les pieds en Seine-Saint-Denis pour la première fois, j’avais forcément en tête ce qu’en disaient les mass-média. Et puis, très vite, j’ai aimé ce territoire-monde. Je m’y sens bien, aussi parce qu’avec tous les métissages qu’il y a ici, je n’ai pas à me justifier. »

Tant et si bien que la jeune femme s’est installée à Pantin en 2013 et n’a pas hésité au moment de devenir ambassadrice du IN Seine-Saint-Denis, la marque territoriale du département.

Même si son terrain de jeu est plutôt le monde entier… Le temps de peaufiner le bouclage du dernier numéro d’Awotele – une revue bilingue français-anglais – qu’elle a lancée sur l’actualité des cinémas africains, et la voilà repartie pour les journées internationales cinématographiques de Carthage, en Tunisie. Claire Diao, c’est plus de 24 images par seconde.

 

Christophe Lehousse

 

Photo : @Bruno Lévy

 

Gwen Le Gac, haut les masques !

Lauréate du prix « Baobab » du Salon du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis en 2010, pour son livre «  La règle d’or du cache-cache », Gwen Le Gac, illustratrice de littérature jeunesse, y revient cette année pour une création originale. Sur la moquette des allées seront disposés une quarantaine de miroirs posés sur pieds et peints de sa main. Lorsque les enfants, adolescents et parents s’y mireront, ils découvriront leur reflet flanqué d’un masque peint à même le miroir, image d’une pièce de la collection internationale de l’artiste. « Je leur propose ensuite de faire une auto-photo et de la partager sur les réseaux sociaux afin de créer une mascarade virtuelle », s’imagine déjà Gwen Le Gac.
Le masque est une des clés de voûte de son œuvre. Elevée à Poullaouen par un père notaire et une mère au foyer, elle se sent vite étouffée par la rigidité des codes de bienséance et de bonne conduite, le « masque social », dit-elle, qu’on veut lui faire porter. Solitaire et décalée, elle s’évade dans la nature pour pousser en liberté. Alors que sa mère s’adonne à des activités décoratives, « accessoires », comme les qualifie Gwen Le Gac, elle, commence le dessin. « Si tu continues, tu iras loin … » : penchée au-dessus de son épaule et de son dessin, son enseignante lui fait cette prometteuse prophétie. Alors, Gwen continue. Etudes artistiques au lycée, licence d’arts plastiques à la fac de Rennes. Puis, comme il faut bien gagner sa vie, elle monte à Paris pour faire son école de design textile.

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A l’occasion de son diplôme de fin d’études, elle confectionne avec Christophe Honoré un livre de souvenirs, « Bretonneries ».

« Nous nous sommes rencontrés à 15 ans, et très jeunes, nous entretenions une correspondance. On s’envoyait des lettres, des dessins, on faisait ensemble des livres qui n’étaient pas édités »,

raconte-t-elle sur celui qui est devenu l’homme de ses livres, et dont elle a depuis illustré chaque album. Car, avant de devenir le réalisateur de films comme « La Belle Personne », ou « Dans Paris », Christophe Honoré était auteur de littérature jeunesse, et notamment du roman « Tout contre Léo », abordant, à hauteur d’enfant, la question du sida.
Après avoir travaillé pour la mode- une parenthèse qu’elle referme alors qu’elle est enceinte de sa première fille, à 32 ans- Gwen Le Gac réitère l’aventure de la publication avec « Le Terrible six heures du soir ». Très apprécié des enfants, le livre, qui parle de marmaille très effrayée par leur « papa-roi » et du « terrible six heures du soir », sans qu’on sache jamais exactement pourquoi, l’est beaucoup moins par les adultes.

« Ce livre s’inscrit dans la veine des contes de fée, avec leur dureté. Certains adultes y ont réagi très violemment, parce qu’ils voyaient, dans le non-dit, la question de l’inceste »,

détaille Gwen Le Gac sans dissiper le mystère. C’est dans ce premier livre « important », affirme l’artiste, qu’apparaît pour la première fois le masque.
Depuis un an et demi, elle s’est installée dans une ancienne loge de concierge repeinte en blanc, au pied des « briques rouges » du Pré-Saint-Gervais. Aux murs, un filet de pêcheur sur lequel des pinces retiennent des dessins, des tests de peinture, de couleurs, de formes, et des boîtes qui s’entassent et dissimulent les projets qu’elle mène de front, au rythme moyen d’un album par an. Ce point de chute est l’aboutissement d’une carrière séquano-dionysienne.
Alors qu’elle habitait les Lilas, l’auteur avait en effet déjà décroché plusieurs bourses et résidences au cours desquelles elle a créé ses derniers livres: « Je suis une couleur », sur le lien entre couleurs et émotions, puis « Enfant de pauvre », inspiré des rencontres avec les élèves des villes les plus défavorisées du 93.

« Ce livre ne rencontre pas grand succès. C’est un sujet qui dérange les adultes, qui ne veulent pas voir cette réalité, alors que les enfants posent ouvertement des questions lorsqu’ils rencontrent des SDF, des migrants… On retombe encore sur cette question du masque social »,

regrette Gwen Le Gac. Elle espère consacrer son prochain album à la nature, et le réaliser au cœur des cités-jardin, une utopie architecturale mêlant pavillons ouvriers et végétation, qui marquent la physionomie de ce qui fut un « Pré ».
Elsa Dupré

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Stephan Faudeux, un ambassadeur qui a la fibre

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Screen4All ?

Pendant deux jours, on va exposer toutes les innovations au service de la création de contenus. On aura aussi bien un gros village sur la prise de son, des exposants comme Sony, mais aussi une jeune boite qui fait du sous-titrage automatique grâce à une solution d’intelligence artificielle. Et parmi les nombreuses conférences, il y en aura, par exemple, une sur comment créer une chaîne de télé avec un smartphone. On abordera aussi le développement du E-sport.

Screen4Allreste avant tout un évènement professionnel ?

Oui, mais on accueille toute personne qui a un besoin de solutions audiovisuelles. C’est large parce que la vidéo est de plus en plus utilisée: des chaines de télé bien sûr jusqu’à celui qui va produire du contenu pour sa société, son association, sa collectivité.

D’ailleurs, nouveauté en 2017, vous avez choisi d’installer parallèlement à Screen4All, le Salon des Technologies de l’image et du son à la Plaine-Saint-Denis…

Oui, on veut ré-enchanter le Satisqui en est à sa 35e édition en lui faisant quitter la Porte de Versailles pour le marier avec Screen4All qui sera en quelque sorte sa boite à idées. L’objectif, c’est aussi de rendre l’évènement plus démocratique puisque toutes nos conférences sont gratuites.

Vous parliez d’intelligence artificielle, c’est la « révolution » à venir ?

Au-delà d’un terme qui fait un peu science-fiction, il y a là de vraies solutions pour épauler la production de contenus. Par exemple, on peut maintenant grâce à un outil d’intelligence artificiellecréer immédiatement après le but d’un joueur de foot, un clip de ses meilleures actions, ce qu’un humain ne pourrait pas faire.

Quels vont être les tournants technologiques à venir en matière de création audiovisuelle ?

D’ici 4 ou 5 ans, avec le numérique, on aura des caméras compactes automatisées dans les stades et le réalisateur pourra faire sa production à distance. Le fait de se passer de câbles va aussi accélérer l’information : bientôt avec la 5G, les caméras transmettront leurs images en direct.

Vous qui êtes aussi ambassadeur du InSeine-Saint-Denis, comment percevez-vous la place du département aujourd’hui dans l’industrie de l’audiovisuel ?

De plus en plus grande…

De plus en plus de sociétés liées à l’audiovisuel quittent Paris ou l’Ouest parisien et viennent agrandir le territoire de l’image déjà bien ancré dans le département. Maintenant, pour la Seine-Saint-Denis …

… il va être important de fixer les talents, parce qu’il y en a énormément dans ce département qui est jeune et où bouillonnent les idées. Mais, si vous arrivez plein de bonnes énergies sur notre marché, tout est possible.

Propos recueillis par Frédéric Haxo

Les 8 et 9 novembre aux Docks de Paris – Saint-Denis

Pour plus d’informations cliquez ici

 

On s’était dit rendez-vous dans 1 an !

1 an, ça se fête ! A cette occasion le comité de marque du IN Seine-Saint-Denis et Stéphane Troussel, Président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, vous invitent à la 2ème rencontre des ambassadeurs.

Cette rencontre est organisée dans le cadre du Satis/Screen4All, Salon des Technologies de l’Image et du Son, à l’invitation de Stéphan Faudeux, ambassadeur de la marque et directeur du salon.
Elle sera l’occasion de dévoiler les lauréats du premier appel à projets IN Seine-Saint-Denis. Les L.E.J, chanteuses et ambassadrice du IN elles aussi, seront aux côtés des lauréats lors de la remise des trophées.

Cette soirée est précédée de la conférence « La création audiovisuelle In Seine-Saint-Denis » dès 18 heures.