02 février 2018 Actualités | Articles

Berthet One, un ambassadeur bien dans ses bulles…

Ayant grandi à la Courneuve, ce dessinateur émule de Cabu ne se laisse enfermer dans aucune case depuis qu’il est passé par celle de la prison. Portrait d’un artiste à découvrir en février à la Légion d’honneur à Saint-Denis pendant l’exposition Gotha.

Berthet One, version plus tranchante de son patronyme à l’état civil -Berthet Mahouahoua- est un ambassadeur du « In » qui aime les rencontres. En soi, c’est excellent pour la marque de cœur du département qui compte aujourd’hui un peu plus de 500 représentants. D’ailleurs, le dessinateur, scénariste, graffeur s’en félicite : « C’est une très bonne chose de réunir des gens qui font avancer la Seine-Saint-Denis. Avoir des modèles pour avancer, vous tirer vers le haut, ça peut aider… »

Pas forcément immédiatement dans le cas de Berthet One. Qui a d’abord fait quelques mauvaises rencontres. Une manière pour nous d’évacuer les dix ans de prison qui ont changé l’existence de l’ex-gamin de la cité des 4000 à La Courneuve. Donc, allons-y pour les curieux et le fil de notre portrait : Berthet a « tapé » dix ans de prison pour un braquage à Versailles en 2006. Le voilà sommé par la justice de passer par la case prison qu’il quitte néanmoins en 2010, libéré en conditionnelle. Quelques mois plus tôt, il a en effet remporté le premier prix des Transmurailles, un concours annuel de bandes dessinées réservé aux personnes en détention qui lui ouvre les portes du Festival international de la BD d’Angoulême. « Le déclic » dit-il aujourd’hui.

Archiviste du hip-hop

Finies les mauvaises rencontres, l’appât de l’argent « facile » qui ont poussé ce fils d’une secrétaire et d’un statisticien pour le ministère des Transports sur les fameux chemins de traverse. Aujourd’hui, Berthet marche tout droit et à toute vitesse. Il faut en effet le suivre car il fourmille de projets. Le jour de notre rencontre dans le quartier parisien de Ménilmontant, il commence tout juste à installer ses cases de BD sur les murs du Pavillon Carré de Baudouin, lieu culturel qui accueille du 2 février au 31 mars 2018, Mémo» une exposition sur la mémoire du mouvement Hip Hop. Une histoire que le natif de Paris d’origine congolaise connait bien pour y avoir baigné lors de sa jeunesse courneuvienne : « Les archives du hip-hop, c’est nous parce que beaucoup des acteurs de ce mouvement qui est très jeune sont des banlieusards, des mecs de la Seine-Saint-Denis aussi. »

Voilà pourquoi Berthet One, le boulimique de création, est en parallèle un des invités de l’exposition Gotha à La Légion d’Honneur à Saint-Denis (1) pour donner à voir quelques-uns de ses graffs : « A Saint-Denis, Thierry Grone, le président de Culture de banlieue a voulu réunir la crème des graffeurs, pas forcément les plus reconnus, mais de vraies pointures dans le domaine du graffiti urbain. Alors quand il m’a appelé, j’ai dit oui tout de suite. » Et puis, la force du réseau du « In » Seine-Saint-Denis a fait le reste puisque Thierry Grone est également un de ses membres.

Entre ambassadeur, les petites rencontres font en effet souvent les grandes. Berthet One ne nous contredira pas : le jeune quarantenaire a croisé la route des dessinateurs Cabu –« mon idole de jeunesse grâce au Club Dorothée », sourit l’ex-« caïd » des cités- et Marcel Gotlieb un peu grâce au hasard qu’il sait si bien provoquer.

Sortir des cases et du cadre

Et, c’est parce qu’il ne croit pas aux destins tous tracés qu’il a fondé à La Courneuve son association « Makadam » pour « favoriser la prévention et la réinsertion par l’art » et intervient régulièrement dans les écoles de Seine-Saint-Denis. Là, il raconte son histoire pour persuader les « gamins du 93 qu’ils sont les cerveaux, les créateurs de demain. Je veux leur faire comprendre que rappeur ou footballeur c’est bien mais que la France a tout autant besoin d’eux comme médecins, artistes, boulangers, ingénieurs… L’énergie, l’ingéniosité que certains mettent à organiser leurs trafics pourrait être mieux employé au service des autres, de la société. »

Moralité ou conclusion : voilà un dessinateur qui sait aussi ne pas toujours mettre les gens dans des cases.

Frédéric Haxo (Crédit photos : Tefy)

(1) Gotha, exposition du 7 au 16 février 2018, vernissage vendredi 9 février en présence des artistes. Salle de la Légion d’honneur, 6 rue de la Légion d’honneur, 93200 Saint Denis. Infoline : 06.03.10.87.85 ou www.culturedebanlieue.com