Stephan Faudeux, un ambassadeur qui a la fibre

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Screen4All ?

Pendant deux jours, on va exposer toutes les innovations au service de la création de contenus. On aura aussi bien un gros village sur la prise de son, des exposants comme Sony, mais aussi une jeune boite qui fait du sous-titrage automatique grâce à une solution d’intelligence artificielle. Et parmi les nombreuses conférences, il y en aura, par exemple, une sur comment créer une chaîne de télé avec un smartphone. On abordera aussi le développement du E-sport.

Screen4Allreste avant tout un évènement professionnel ?

Oui, mais on accueille toute personne qui a un besoin de solutions audiovisuelles. C’est large parce que la vidéo est de plus en plus utilisée: des chaines de télé bien sûr jusqu’à celui qui va produire du contenu pour sa société, son association, sa collectivité.

Vous parliez d’intelligence artificielle, c’est la « révolution » à venir ?

Au-delà d’un terme qui fait un peu science-fiction, il y a là de vraies solutions pour épauler la production de contenus. Par exemple, on peut maintenant grâce à un outil d’intelligence artificielle créer immédiatement après le but d’un joueur de foot, un clip de ses meilleures actions, ce qu’un humain ne pourrait pas faire.

Quels vont être les tournants technologiques à venir en matière de création audiovisuelle ?

D’ici 4 ou 5 ans, avec le numérique, on aura des caméras compactes automatisées dans les stades et le réalisateur pourra faire sa production à distance. Le fait de se passer de câbles va aussi accélérer l’information : bientôt avec la 5G, les caméras transmettront leurs images en direct.

Vous qui êtes aussi ambassadeur du InSeine-Saint-Denis, comment percevez-vous la place du département aujourd’hui dans l’industrie de l’audiovisuel ?

De plus en plus grande…

De plus en plus de sociétés liées à l’audiovisuel quittent Paris ou l’Ouest parisien et viennent agrandir le territoire de l’image déjà bien ancré dans le département. Maintenant, pour la Seine-Saint-Denis …

… il va être important de fixer les talents, parce qu’il y en a énormément dans ce département qui est jeune et où bouillonnent les idées. Mais, si vous arrivez plein de bonnes énergies sur notre marché, tout est possible.

Propos recueillis par Frédéric Haxo

Les 6 et 7 novembre aux Docks de Paris – Saint-Denis

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Gwen Le Gac, haut les masques !

Lauréate du prix « Baobab » du Salon du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis en 2010, pour son livre «  La règle d’or du cache-cache », Gwen Le Gac, illustratrice de littérature jeunesse, y revient cette année pour une création originale. Sur la moquette des allées seront disposés une quarantaine de miroirs posés sur pieds et peints de sa main. Lorsque les enfants, adolescents et parents s’y mireront, ils découvriront leur reflet flanqué d’un masque peint à même le miroir, image d’une pièce de la collection internationale de l’artiste. « Je leur propose ensuite de faire une auto-photo et de la partager sur les réseaux sociaux afin de créer une mascarade virtuelle », s’imagine déjà Gwen Le Gac.
Le masque est une des clés de voûte de son œuvre. Elevée à Poullaouen par un père notaire et une mère au foyer, elle se sent vite étouffée par la rigidité des codes de bienséance et de bonne conduite, le « masque social », dit-elle, qu’on veut lui faire porter. Solitaire et décalée, elle s’évade dans la nature pour pousser en liberté. Alors que sa mère s’adonne à des activités décoratives, « accessoires », comme les qualifie Gwen Le Gac, elle, commence le dessin. « Si tu continues, tu iras loin … » : penchée au-dessus de son épaule et de son dessin, son enseignante lui fait cette prometteuse prophétie. Alors, Gwen continue. Etudes artistiques au lycée, licence d’arts plastiques à la fac de Rennes. Puis, comme il faut bien gagner sa vie, elle monte à Paris pour faire son école de design textile.

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A l’occasion de son diplôme de fin d’études, elle confectionne avec Christophe Honoré un livre de souvenirs, « Bretonneries ».

« Nous nous sommes rencontrés à 15 ans, et très jeunes, nous entretenions une correspondance. On s’envoyait des lettres, des dessins, on faisait ensemble des livres qui n’étaient pas édités »,

raconte-t-elle sur celui qui est devenu l’homme de ses livres, et dont elle a depuis illustré chaque album. Car, avant de devenir le réalisateur de films comme « La Belle Personne », ou « Dans Paris », Christophe Honoré était auteur de littérature jeunesse, et notamment du roman « Tout contre Léo », abordant, à hauteur d’enfant, la question du sida.
Après avoir travaillé pour la mode- une parenthèse qu’elle referme alors qu’elle est enceinte de sa première fille, à 32 ans- Gwen Le Gac réitère l’aventure de la publication avec « Le Terrible six heures du soir ». Très apprécié des enfants, le livre, qui parle de marmaille très effrayée par leur « papa-roi » et du « terrible six heures du soir », sans qu’on sache jamais exactement pourquoi, l’est beaucoup moins par les adultes.

« Ce livre s’inscrit dans la veine des contes de fée, avec leur dureté. Certains adultes y ont réagi très violemment, parce qu’ils voyaient, dans le non-dit, la question de l’inceste »,

détaille Gwen Le Gac sans dissiper le mystère. C’est dans ce premier livre « important », affirme l’artiste, qu’apparaît pour la première fois le masque.
Depuis un an et demi, elle s’est installée dans une ancienne loge de concierge repeinte en blanc, au pied des « briques rouges » du Pré-Saint-Gervais. Aux murs, un filet de pêcheur sur lequel des pinces retiennent des dessins, des tests de peinture, de couleurs, de formes, et des boîtes qui s’entassent et dissimulent les projets qu’elle mène de front, au rythme moyen d’un album par an. Ce point de chute est l’aboutissement d’une carrière séquano-dionysienne.
Alors qu’elle habitait les Lilas, l’auteur avait en effet déjà décroché plusieurs bourses et résidences au cours desquelles elle a créé ses derniers livres: « Je suis une couleur », sur le lien entre couleurs et émotions, puis « Enfant de pauvre », inspiré des rencontres avec les élèves des villes les plus défavorisées du 93.

« Ce livre ne rencontre pas grand succès. C’est un sujet qui dérange les adultes, qui ne veulent pas voir cette réalité, alors que les enfants posent ouvertement des questions lorsqu’ils rencontrent des SDF, des migrants… On retombe encore sur cette question du masque social »,

regrette Gwen Le Gac. Elle espère consacrer son prochain album à la nature, et le réaliser au cœur des cités-jardin, une utopie architecturale mêlant pavillons ouvriers et végétation, qui marquent la physionomie de ce qui fut un « Pré ».
Elsa Dupré

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Montreuil : Un food-truck de fromages solidaire !

« Le fromage suspendu, c’est la possibilité pour les clients d’acheter des fromages, destinés à des personnes qui n’ont pas la possibilité de s’en offrir »,

explique Eric Legros avec entrain. « Le principe vient du café suspendu en Italie, où vous pouvez acheter deux cafés : un que vous consommez, et un autre que vous laissez pour quelqu’un que vous ne connaissez pas. » Ainsi, dans le camion d’Eric Legros, une dizaine de fromages offerts patientent, en attendant d’être dégustés par n’importe qui dans le besoin.

 

« On a un besoin de se retrouver, de refaire du lien social »

Cela fait un an que cet ancien éducateur spécialisé originaire du nord de la France a pris ses quartiers sur la place de la Fraternité, à Montreuil. « Mon projet c’est d’occuper un lieu, de fraterniser. C’est pour ça qu’au delà d’une crémerie et d’une fromagerie, c’est également un bar à fromage qui permet aux habitants de se poser dans un bel endroit qui pour le moment n’était pas occupé pleinement ». En effet, le food-truck d’Eric Legros n’est pas seulement un lieu de passage, mais également un endroit où s’asseoir autour de l’une des petites tables colorées placées devant le camion, pour boire un café, manger du fromage, et discuter. « Le fait de pouvoir se poser plait aux gens. On a un besoin de se retrouver, de refaire du lien social. C’est lié à mes métiers précédents, car finalement, ici, le fromage est un support pour la relation, pour l’échange et le dialogue », nous explique t-il.

En complément de son fromage suspendu, Eric Legros organise deux fois par ans des banquets fraternels avec le centre social du quartier des Coutures, et l’antenne de quartier de la ville de Montreuil. L’occasion de faire se rencontrer ceux qui ont offerts, et ceux qui ont reçus les fromages. « On ne veut pas que ce soit comme l’abbé Pierre », précise t-il, « les bénéficiaires n’apprécieraient pas. C’est festif, un banquet que tout le monde partage, un moment où on se pose, on parle, sans distinction sociale ».

Pourquoi le fromage ? « J’ai choisi un produit qui est fédérateur et qui nous identifie bien en France. C’est une passion. Ici, le fromage ca fait un peu franchouillard mais sans être excluant. C’est un produit convivial, associé à des choses positives et agréables, des moments de fête, où on se retrouve en famille entre amis. » A 52 ans, Eric Legros n’a rien perdu de sa fibre sociale, au contraire. Il est même un peu surpris que l’on s’intéresse autant à son activité. « J’ai bonne presse depuis que j’ai ouvert car mon projet semble intéressant, mais je suis surpris, car ce que je met en place ce n’est pas compliqué ! Ca mériterait d’être généralisé. J’y mets de ma poche parfois avec des fromages, mais ce n’est pas ça qui va mettre en péril l’entreprise ! C’est par la solidarité qu’on arrivera à s’en sortir, on le sait, donc il faut maintenant passer à l’acte ! »

Place au Fromage, Place de la Fraternité à Montreuil. Du mardi au dimanche matin, 10h à 14h et 17h à 21h. www.placeaufromage.com

Constance Bloch