13 décembre 2016 Revue de presse

Le docteur Hatem, ange gardien des femmes

Depuis l'été, la Maison des femmes ouvre ses portes aux victimes de violences. Un lieu qui a vu le jour grâce au combat de ce médecin.

Article original de Nathalie Revenu paru dans le Parisien du 12 décembre 2016.

Le docteur Ghada Hatem-Gantzer, 56 ans, a fait sienne la devise de Marie Curie « le temps est proche où les femmes deviendront des êtres humains ». Derrière son regard bleu lagon et sa voix douce se cache une femme de caractère. Cette gynécologue obstétricienne a réussi à imposer sa Maison des Femmes dans l’enceinte de l’hôpital de Saint-Denis. Un cocon multicolore qui accueille les femmes victimes de violences. « Elles viennent pour du soin, pour parler, pour un moment de détente ou un conseil auprès d’une avocate bénévole », explique le médecin-chef de la Maison des Femmes. L’hôpital Delafontaine était incontournable. Ici 15 % des patientes sont victimes de violences conjugales, 25 % vivent dans des logements précaires, 25 % n’ont pas de couverture sociale. Pourtant, il a fallu batailler pour imposer ce lieu inédit. Livrer dix-huit mois de d’intense lobbying pour décrocher des financements publics.

Le projet final s’élève à 950 000 €. « Nous ne rentrions pas dans les missions traditionnelles des plannings familiaux », ajoute le Dr Hatem-Gantzer. Les fondations privées, Kering (dirigée par François-Henri Pinault, et spécialisée dans les violences faites aux femmes), la fondation de l’hebdo féminin Elle, seront les premières à se pencher sur le berceau de la Maison des Femmes. La Région et le département suivront

Avant d’arriver à la tête de la maternité en 2010, le Dr Hatem a exercé à la clinique des Bluets à Paris (XIIe), pionnière de l’accouchement sans douleur, à l’hôpital militaire de Saint-Mandé (Val-de-Marne). « La maternité de Delafontaine, c’était un challenge », confie-t-elle. Ses 4 700 naissances par an lui valent le surnom « d’usine à bébés ». L’image difficile du département pesait aussi dans la balance. « De l’extérieur, Saint-Denis, c’était un peu Beyrouth avec des voitures qui brûlent, avoue la cheffe de service adjoint. Mais je connais la violence. » Née au Liban dans une famille de la bourgeoisie maronite, elle a quitté son pays en guerre pour faire médecine.

« A Saint-Denis, j’ai découvert des équipes exceptionnelles, qui exercent une forme de médecine humanitaire, des femmes qui savent aussi bien tenir les finances et connaissent la réalité du terrain », s’enthousiasme-t-elle. D’autres problématiques sont apparues qu’elle n’avait qu’entrevues. « J’avais fui le Liban pour échapper à la pesanteur religieuse et je me retrouve confrontée à des patientes qui me parlent de mariages forcés, des jeunes filles sur qui pèsent l’honneur familial. » Elle va mettre l’hôpital au diapason des 120 nationalités. Sous son impulsion est créée une consultation « violences conjugales », elle encourage le personnel à se former pour repérer les femmes battues. Elle ouvre une unité spécialisée dans les mutilations sexuelles, quand elle découvre que 14 à 16 % des futures mamans sont excisées.

L’infatigable Dr Hatem a déjà d’autres projets en tête : un centre maternel qui combinerait les soins et l’hébergement des femmes en souffrance. Tous les ans, 150 jeunes mamans se retrouvent à la rue à la sortie de la maternité de l’hôpital Delafontaine. Avant de se lancer dans cette nouvelle aventure, elle veut apporter la touche finale à la Maison des Femmes : « Il manque encore 150 000 € ». Avis aux mécènes.