16 novembre 2016 Revue de presse

« Swagger » : quelle classe, ces ados d’Aulnay !

Par Thomas Poupeau dans le Parisien, 15 novembre 2016

Ils ont trimballé leur swag (lire ci-dessous) sur la Croisette, au dernier Festival de Cannes. Et maintenant, place au grand écran ! Une dizaine de collégiens d’Aulnay-sous-Bois est à l’affiche de « Swagger », long-métrage entre documentaire et fiction, réalisé par Olivier Babinet, qui sort ce mercredi. Il raconte, à travers les regards croisés des jeunes, le quotidien d’un collège du quartier sensible dit « des Mille-Mille ». Avec pudeur et sans omettre les sujets qui fâchent, mais loin des clichés.

Depuis le tournage, l’an dernier, Abou, Régis, Nazario, Elvis, Salimata, Mariyama, Paul, et tous les autres vivent « un rêve éveillé ». En mai, il y a eu les paillettes cannoises, donc, avec la programmation de « Swagger » par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid). Puis, les interviews et les photos pour la promotion du film, ainsi qu’une série d’avant-premières en région parisienne. À quelques heures de la sortie officielle, les jeunes Aulnaysiens savourent ce succès. « Les gens nous reconnaissent dans la rue, ils demandent même à faire des selfies avec nous », s’amuse Régis, 17 ans, désormais lycéen en bac pro des métiers de la mode, habillé comme le rappeur Kanye West. « Grâce au film, beaucoup de gens me suivent sur Instagram », se félicite Nazario, foulard autour du cou — sa marque de fabrique. « L’autre fois, dans le bus, une fille m’a reconnu. Je l’ai entendu dire à sa mère : c’est le gars de Swagger ! » se souvient Elvis. « Avec les filles, c’est beaucoup plus facile », reconnaît Abou, large sourire aux lèvres.

Aucun d’entre eux ne se destinait à devenir comédien. Pourtant, ils crèvent l’écran. Dans Swagger, chacun « joue » son propre rôle. Le film alterne entretiens face caméra, où chaque jeune se dévoile sur les questionnements quotidiens — l’amour, la religion, l’avenir, le trafic, l’identité — avec des scènes jouées, comme la récréation, le cours de sport ou la vie au quartier. « C’est fidèle à notre vraie vie ! Ce film montre une autre image de la cité. Bien sûr, il y a les mauvais côtés, avec les guetteurs qu’on croise en sortant de chez nous, mais aussi les aspects positifs : notre vie, nos rêves », analyse Régis. Tous espèrent que Swagger sera vu par le plus grand nombre, surtout en cette période de campagne présidentielle, souligne Elvis. « En ce moment, tous les candidats parlent de nous, des cités. Mais demain, ils nous auront oubliés ! »