Alexia Fiasco, la carte de ses Territoire(s)

La lauréate de la quatrième édition du concours photographique "Territoires" In Seine-Saint-Denis expose "Les dernières Fauvettes" jusqu'au 30 mars à la MC93 de Bobigny. Un regard sensible posé sur une cité de Pierrefitte en voie de destruction, qui raconte aussi une partie de son itinéraire personnel.

Dans le hall de la MC93 à Bobigny, c’est l’ombre des « Dernières Fauvettes », l’exposition lauréate de la quatrième édition du concours photographique Territoire(s) In Seine-Saint-Denis, qui va planer jusqu’au 30 mars prochain. Une expo qui résonne aussi avec le parcours personnel et géographique de son auteure Alexia Fiasco. Récit en quatre instantanés.

« Faire des habitant.e.s des Fauvettes des icônes. »

« Au départ, ce projet photographique à Pierrefitte répond à un appel à projets sur la mémoire de la Cité des Fauvettes lancé par l’Agence nationale de la rénovation urbaine et l’agglomération Plaine Commune. Avant que cette cité ne soit complètement détruite en 2025, l’idée était que chaque habitant puisse dire adieu à « ses » Fauvettes en récoltant des objets qui racontent leur(s) histoire(s). Donc, depuis l’hiver 2022-2023, j’ai orchestré avec eux une série de portraits réalisée dans le cadre d’ateliers d’initiation à la photographie argentique et au tirage cyanotype (une technique qui produit des images monochromes bleues) : c’est pour cela qu’on trouve des portraits réalisés sur un capot de voiture, référence à la mécanique sauvage réalisée dans la cité, mais aussi sur une boîte aux lettres ou un morceau de brique de la cité… Donc, cette expo à la MC93, c’est également celle de Moussa, Alexia, Killian, Anissa, Momo, Bushra, Nushrat…

Pour moi, c’était important de les réhausser presque au rang d’icônes et de héros qu’ils sont à mes yeux, parce que les histoires de ces personnes, qui vivent pour la plupart dans la précarité, ont toujours été invisibilisées.

Au-delà de l’exposition à la MC93, je vais continuer à porter leurs histoires de vies autrement : dans les prochains mois, avant la destruction complète des Fauvettes en 2025, le projet va se poursuivre autour d’un projet de livre et de documentaire. »

 

Une enfance dionysienne

« Je suis née à Noisy-le-Sec et j’ai grandi, principalement, à Saint-Denis, raconte l’artiste. Après mon bac, je suis partie vivre à Berlin pendant quatre ans. Là-bas, j’ai fait une école de photos, la « Ostkreuzschule Für Fotografie » entre 2013-2015. J’étais attirée par la photo, en partie parce que mon histoire personnelle me donnait le sentiment que j’avais besoin d’archives, d’archives familiales surtout : mon père qui était originaire du Cap-Vert ne nous parlait jamais de cette partie de sa vie et il n’avait aucune photo à nous montrer. Alors, c’était comme si j’étais en manque d’images sur une partie de mes origines, de mes racines… »

Un itinéraire professionnel construit In Seine-Saint-Denis

En rentrant de Berlin, j’ai travaillé pendant deux années pour l’Association pour la Scolarisation des Enfants Tsiganes (ASET 93) : l’objectif de ma mission au sein de l’association, c’était d’agir en faveur de la scolarisation des enfants roms des bidonvilles du 93, à Bobigny, Montreuil ou Saint-Denis. C’est un moment de ma vie qui m’a permis de mieux cerner l’importance de construire des liens entre la culture et le social. Donner accès à la culture, c’est aussi la possibilité d’ouvrir les gens sur d’autres mondes, d’autres regards sur l’existence…

Ensuite, j’ai aussi travaillé à Tremblay-en-France où j’ai été responsable pendant 18 mois, entre 2020 et 2022, de la programmation culturelle de l’espace Jeunesse Angela-Davis.

Changement de Cap

« En 2018, je suis partie au Cap-Vert, pour découvrir l’île de mon père. Au travers d’une série photos intitulée « Le déni », j’ai voulu créer mon album de famille -un album qui n’a jamais existé- en me basant sur des histoires que la famille capverdienne de mon père m’a racontées. C’est un projet qui m’a ouvert vers d’autres horizons puisqu’il m’a permis d’être représentée par une galerie photos et de voyager ensuite pour présenter mon travail dans différents endroits du monde. Mais, ce voyage a aussi été une grosse claque… Alors, au retour, comme j’avais besoin de partager ce que j’avais vécu, j’ai créé un collectif d’artistes « Filles de blédards » installé à Saint-Denis. Depuis, on crée des espaces d’expositions, de discussions et de fêtes autour des identités de l’immigration. »

Territoire(s), la Seine-Saint-Denis sans les clichés… 

Lancé lors de la saison culturelle 2019-2020, le concours annuel de photographie Territoire(s) associe le In Seine-Saint-Denis, marque de territoire du Conseil départemental et la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis (MC93) pour valoriser la création photographique et donner à voir une autre image du département, en sélectionnant et en accompagnant des artistes photographes qui portent un regard singulier sur ce territoire.

Un objectif parfaitement cadré par Alexia Fiasco, la lauréate 2024, qui « a livré un hommage émouvant et puissant aux habitants du quartier des Fauvettes, a commenté Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis lors du vernissage de l’exposition à la MC93, le 13 janvier. Un travail photographique qui est aussi un témoignage assez instantané, et très fort, de la réalité et de la richesse humaine de notre territoire. »

 

Frédéric Haxo

Crédits photo : Jérémy Piot

 

Partager sur les réseaux sociaux