C’est ma Seine-Saint-Denis, c’est ma bataille…

Retour sur la bataille d’influence organisée par le Medialab 93 en partenariat avec le IN Seine-Saint-Denis. Mercredi 22 janvier, celles et ceux qui font bouger le département ont mis « un maximum de poids dans leurs mots » pour raconter et défendre leur « 93 ».

« Venez influencer la Seine-Saint-Denis… » C’était l’invitation conjointe lancée par le Medialab 93 et le In-Seine-Saint-Denis, mercredi 22 janvier, au Dock B de Pantin. Une fois dit ça et posé à l’étage du « lieu de croisement des plaisirs artistiques et gustatifs », il nous fallait quand même un peu plus d’explications données par Erwan Ruty, le directeur général de « l’incubateur des médias et des créatifs urbains » : « Influencer la Seine-Saint-Denis, c’est tout simplement réfléchir à l’identité de ce territoire et pour ça donner la parole à de jeunes créatifs et acteurs de ce département dans une ambiance détendue… » Aussitôt dit, aussitôt mis en action par Raphäl Yem, l’animateur et journaliste qui sortait de son chapeau le principe d’une battle d’idées en équipes autour de « punchlines » définissant la Seine-Saint-Denis. Un trois contre trois façon basket de rue où il fallait scorer avec les mots. Avec en prime de vrais coaches en art oratoire représentés par les jumeaux Manal et Radwane El-Ankouni, rois des concours Eloquentia ou autre TedX. Là-dessus, balle au centre et engagement des « hostilités » autour du premier débat : Y-a-t-il une vraie dynamique entrepreneuriale en Seine-Saint-Denis ?

Une « antisèche » fournie par Stéphane Troussel…

En cercle, les deux équipes ont trois minutes pour étayer le fil de leur discours. Et tendre l’oreille, pour les plus attentifs, vers les réponses apportées par Stéphane Troussel, le président du Conseil Départemental. A l’autre bout de la salle, il pare en effet à la rafale de questions de Raphäl Yem : « Oui, en Seine-Saint-Denis, il y a une vraie dynamique entrepreneuriale parce que c’est le département qui crée le plus d’entreprises en Ile-de-France, parce qu’il a aussi le taux de récolte de la TVA le plus élevé. Mais, c’est un fait qui ne profite pas encore assez aux habitants de Seine-Saint-Denis parce qu’ils manquent encore de qualification, mais nous y travaillons en mettant le paquet sur l’éducation et en particulier sur les collèges qui relèvent de la compétence du Conseil départemental.»

Un argumentaire que reprend au bond, Lina Cham, jeune écrivaine qui a commencé à tester à La Courneuve ses « ateliers de savoir-être pour donner des outils aux jeunes en décrochage scolaire. » Une expérience qui lui donne quelques arguments à glisser dans la battle du soir : « C’est précisément parce que je côtoie les plus jeunes dans mes ateliers que je peux témoigner qu’il y a de plus en plus de jeunes qui ont envie d’entreprendre et surtout n’ont plus peur de le faire… »

Incisifs et précis, Lina et son équipe remportent la première manche. En face, les arguments du contre n’ont pas fait mouche –« l’insécurité dissuade les entrepreneurs de s’installer en Seine-Saint-Denis » et poussent Raphäl Yem à aiguiser aussi ses punchlines : «Votre pitch, on aurait dit le communiqué d’un syndicat de police ! »

Avocats du diable

Pas toujours facile de jouer les avocats du diable lorsqu’on a la Seine-Saint-Denis au cœur comme Rebecca Dry, créatrice du site «Love Montreuil » qui s’est exercée sur la seconde punchline de la soirée : «Dans le 93, les gens se mélangent plus facilement qu’ailleurs. »

Anglaise débarquée en Seine-Saint-Denis il y a presque une vingtaine d’années, elle en sait quelque chose : « Il y a une foule de trajectoires dans ce département et oui on se mélange, même si tout n’est pas rose. En tout cas, moi, ce que je veux quand je parle de la Seine-Saint-Denis, c’est raconter les belles histoires qui la nourrissent, sans nier bien sûr les problèmes. »

A coup sûr, Rebecca Dry sera parmi les premières à s’inscrire à une nouvelle bataille d’influence que projette déjà Erwan Ruty, le « boss » de Medialab, à peine refermée la page de la première : «Le concept a marché, le débat d’idées a fonctionné et ça mérite effectivement d’être reproduit, glisse-t-il. Et, finalement, les deux thématiques qui se sont dégagées pendant la soirée -mixité de la population et dynamisme de l’entreprenariat- sont assez représentatives de ce qu’est la Seine-Saint-Denis aujourd’hui, un territoire en mutation. »

Voilà pour le mot de la fin. En attendant bien sûr, l’épisode 2…

Frédéric Haxo

Crédits photo: Thomas Dudan

 

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