Démos, en avant la musique !

Ambassadeur du In, ce projet national ouvre l’apprentissage de la musique classique à des jeunes de 7 à 12 ans dans les quartiers de 15 villes de Seine-Saint-Denis. Et leur a également permis de jouer en orchestre, le 15 juin, dans le décor imposant de la Basilique de Saint-Denis. Une aventure que racontent quelques-uns des différents acteurs de Démos : enfants, parents, musiciens et éducateurs.

« Initier à la musique les enfants des quartiers prioritaires de la ville mais aussi des zones rurales, c’est le leitmotiv depuis 2010 des orchestres Démos, un Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale porté par la Philharmonie de Paris et la Cité de la Musique. Pendant trois ans, des enfants de 7 à 12 ans accèdent à la musique classique et découvrent un instrument l’espace de 4 heures de cours par semaine dans leur centre de loisirs ou leur centre social. Avec en point d’orgue, la participation à un grand concert annuel. Le In s’est glissé dans les répétitions de celui organisé, samedi 15 juin à la Basilique de Saint-Denis, dans le cadre du Festival de Saint-Denis. Lequel accueillait pour la première fois les apprentis-musiciens de Démos venus de 15 villes de Seine-Saint-Denis, répartis sur les territoires de Plaine-Commune et d’Est-Ensemble. Un samedi de répétition à la Philharmonie de Paris où vibraient les accords de « La danse du Calumet », un extrait des « Indes Galantes » de Jean-Philippe Rameau, enfants, parents, musiciens et éducateurs investis dans cette aventure musicale et humaine nous ont donc raconté ce que Démos signifiait pour eux. »

 

« Une belle aventure humaine »

Nicolas Freund, clarinettiste, professeur au Conservatoire de Bondy et intervenant au Centre social Sohane de Bondy

 « Démos, c’est un moyen d’amener vers la musique des enfants qui en sont éloignés pour des raisons financières, géographiques ou tout simplement parce que leurs familles se représentent le Conservatoire comme quelque chose qui « n’est pas pour eux ». Évidemment, on sait très bien que tous les enfants qui passent par Démos ne vont pas forcément continuer vers le Conservatoire ou des études musicales, mais ce qu’on veut c’est que leur passage par les répétitions et les concerts de Démos restent un « truc » gravé dans leurs mémoires. Et ça passe par l’apprentissage ludique de la musique orchestré par Démos mais aussi tout simplement parce que ce projet est une belle aventure humaine… »

 

« La musique transforme les enfants »

Fadela Guendouzi, animatrice au sein du Centre de loisirs Marcel Cachin de Bobigny

« Au-delà des trois années de Démos qui sont une incroyable expérience pour tous ces jeunes, mon envie et mon objectif en tant qu’éducatrice, c’est aussi que les enfants accrochent avec la musique, qu’on les retrouve ensuite au Conservatoire. Ils ne seront pas tous forcément musiciens professionnels mais ils auront eu la possibilité de mieux comprendre la musique, de la connaître autrement. Ensuite, je l’ai vu depuis une dizaine d’années que je suis engagée dans le projet Démos, la musique transforme souvent le comportement des enfants. Au contact de l’instrument, certains enfants qui étaient entre guillemets « très bagarreurs » sont devenus beaucoup plus apaisés, plus calmes. »

 

« J’ai commencé à écouter du classique… »

Endrika, 8 ans, élève de CE2 de l’école Marcel-Cachin à Bobigny

« En participant à Démos, j’ai commencé à jouer du violoncelle, c’est cool et pas si dur que ça à apprendre. D’habitude, j’écoute plutôt du rap sur youtube mais depuis que j’ai démarré avec Démos, j’ai appris à écouter du classique, du piano surtout. Quand on se retrouve avec les autres enfants de Démos, ce qui est bien, c’est qu’on se soutient tous ensemble pour apprendre la musique. Tout le monde s’aide en fait et c’est motivant… »

 

« Après Démos, je continuerai à jouer de la musique ! »

Pouyraz, 9 ans, élève de CE2 de l’école Marcel-Cachin à Bobigny

« En fait, je voulais faire de la guitare et grâce à Démos, je me retrouve à jouer du violon… Bon, ce n’est pas vraiment pareil mais ça me plait aussi. Et puis, ce n’est pas si dur que ça d’en jouer. En tout cas, beaucoup moins que ce que je pensais au départ. Ce qui me plait aussi dans Démos, c’est qu’on se fait d’autres copains grâce à la musique et qu’on apprend aussi à chanter dans d’autres langues. Après Démos, je crois que je m’inscrirai surement au Conservatoire pour continuer à jouer de la musique. »

 

« Un projet éducatif qui crée des liens »

Rémi Tulliez, référent enfance de l’Espace Marcel-Cachin, centre social de Romainville

« En 2018, on s’est lancés avec un groupe de 13 enfants de Romainville dans l’expérience Démos et je ne le regrette pas ! Le fait de pratiquer un instrument change très vite les enfants, apporte une cohésion de groupe et puis leur donne de la méthode qui leur servira dans d’autres domaines. Surtout, Démos, c’est un projet qui crée des liens avec les jeunes que nous suivons mais aussi leurs familles. De mon point de vue d’éducateur, le bénéfice est palpable parce que c’est vraiment un dispositif qui fonctionne avec des moyens et de l’envie derrière de la part de tous les acteurs du projet. Forcément, ça fait avancer et progresser les enfants. Et quoi de mieux que de le faire en musique ! »

 

« Un apprentissage de la musique plus ludique »

Valentine Garilli, altiste, participe à l’expérience Démos pour la 3e année à Romainville

 « Démos, c’est un projet passionnant du point de vue pédagogique lorsqu’on enseigne la musique : c’est un peu un labo expérimental d’une autre manière de faire passer notre art, plus ludique, moins conventionnel que le conservatoire. D’un point de vue humain, c’est aussi très enrichissant de voir au fil des semaines comment évoluent les enfants, comment ils acquièrent très vite la rigueur et la concentration nécessaires pour être prêts le jour J, celui du concert. L’assurance qu’ils prennent au contact de l’instrument est aussi très impressionnante. Et puis, ils apprennent avec la musique à s’écouter, à jouer ensemble et donc à faire attention aux autres… »

 

 « A l’âge de nos filles, on aurait rêvé d’un projet comme Démos »

Adeline et Cindy, mamans de Méloé et Sydney, élèves de CE2 à l’école Daniel Renoult de Montreuil

« Nos filles se sont tout de suite hyper-investie dans Démos et on les comprend : à leur âge, on aurait rêvé de faire la même chose », expliquent Adeline et Cindy presque d’une même voix. Normal, elles font partie du chœur des chanteuses de Démos. Avec un peu de trac au début de l’aventure à l’automne 2018 mais aussi plein d’envie : « C’est une très bonne chose d’intégrer les parents -en les faisant chanter- parce que ça nous met à fond dans le partage avec nos enfants », disent-elles.

Et cela permet aussi à Adeline d’oublier une expérience au Conservatoire un brin traumatisante : « Même si rien n’est comparable, je trouve que Démos est une manière très différente d’entrer dans la musique, plus conviviale. Et puis, ça motive forcément les enfants de jouer à la Basilique de Saint-Denis ou à la Philharmonie. »

Autre point commun des deux mamans, l’émotion ressentie « lors de la remise solennelle de leurs instruments -des violons- à leurs filles. Un moment qui les a marquées et restera longtemps dans leurs mémoires d’enfants. »

 

« Les enfants apprennent la musique presque sans s’en apercevoir »

Julien Leroy, chef d’orchestre à la baguette de Démos Est-Ensemble

« Avec Démos, j’en suis à ma 7e année de collaboration, j’ai d’abord passé six ans à diriger l’Orchestre Démos des Hauts-de-Seine avant de commencer en Seine-Saint-Denis en 2018. Quel que soit l’orchestre et le lieu, notre fil directeur c’est de faire passer l’apprentissage de la musique par le collectif. Ce qui est génial, c’est que les enfants apprennent, de cette manière, la musique presque sans s’en apercevoir. Démos, c’est le parti-pris d’un apprentissage par le collectif, c’est-à-dire par l’écoute et le respect de l’autre d’abord. Ensuite, on avance de manière très ludique dans l’apprentissage parce que lorsqu’ils commencent la première de leurs trois années au sein de Démos, les enfants ne savent pas lire une partition, ne savent pas ce qu’est une note, mais on travaille avec des astuces, des jeux, des choses très pratiques, on leur montre de manière très concrète la façon de placer l’archet, de placer les doigts sur les cordes pour que la mémoire fasse son travail. Et, au bout du compte, le moment du concert est toujours incroyable, parce que même si tout n’est pas parfait, ils jouent vraiment de la musique. Et ça, on arrive aussi à le faire parce que c’est un projet global et social qui mobilise parents, éducateurs, musiciens. Tous ensemble… »

 

Frédéric Haxo

Crédits photo: Bruno Lévy

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