Gonzague Lacombe, 93 façons et d’autres encore de réinventer la ville

Ambassadeur du « In » de la première heure puisqu’il a créé son logo, le graphiste multiplie les projets et les créations comme sa lampe et un jeu inspiré par la Basilique de Saint-Denis.

Ce jour d’avant-Noël, Gonzague Lacombe s’applique à édifier son « Basiboum » sous l’œil et l’objectif d’un patient photographe. Le Basiboum ? Une variante made In-Seine-Saint-Denis du bon vieux badaboum où il s’agissait d’empiler des pièces de bois dans un équilibre toujours plus risqué. Le Basiboum de Gonzague Lacombe a le même principe sauf qu’il reconstitue la basilique de Saint-Denis, le territoire d’adoption de ce graphiste bordelais. L’objet fait de pièces en chêne massif a été fabriqué sur sur les machines numériques de la coopérative Pointcarré à Saint-Denis, un ancien garage du centre-ville reconverti en havre de l’économie solidaire où artisans, créateurs et entrepreneurs se retrouvent et développent leurs idées. Un endroit que fréquente donc assidument Gonzague Lacombe où il a aussi créé une lampe (1) qui rappelle les vitraux de la Basilique :

« Je me suis formé sur les machines numériques du Pointcarré pour créer ces objets, raconte-t-il. Venir ici c’est un peu une respiration à côté de mes autres activités. »

Un bon moyen aussi de prendre au mot Elie Préveral, également ambassadeur du In et directeur de la structure : « Le Basiboum, se souvient ce dernier, est quasiment né d’une discussion de comptoir : on parlait du badaboum de notre enfance et Gonzague a eu l’idée d’une variante dionysienne ! Au départ, il est venu comme ça vers nous avec plein de projets et on a fait ce qu’on sait faire ici, de la coopération. Ce qu’on veut, c’est être la caisse de résonance des habitants et des créateurs de Saint-Denis et plus largement de la Seine-Saint-Denis. Avec lui et d’autres, on donne du sens à la vie de quartier parce que Gonzague est très ancré dans le territoire même s’il est à Saint-Denis depuis très peu de temps finalement. » Six ans exactement, le moment de son arrivée au sein du collectif de créateurs et artistes du 6-B. Où il a pris sa place de « graphiste urbain », une manière d’expliquer qu’il intervient sur tous types de terrains et de supports : écoles, cités, rues, palissades, parkings, murs ou façades. Souvent en mode participatif. « Mais, attention, prévient le quarantenaire, mon but, ce n’est pas de faire participer pour participer mais bien qu’il y ait un vrai échange avec les habitants. »

Les freemousse où la nature qui fait le mur

La ville de Saint-Denis l’a par exemple sollicité pour changer l’image de la rue du Corbillon, prise dans la folie meurtrière des attentats de novembre 2015. Pour cela, il a créé et dessiné des jeux enfantins au sol. Régulièrement, il orne aussi les murs de Saint-Denis de ses « freemousse », des sculptures éphémères faites de mousse ramassée en forêt qu’il compose, entre autres, avec sa compagne également artiste, Laure Du Faÿ.

« L’art, la création contribuent à changer la vision du monde, l’image d’un endroit, d’une ville comme Saint-Denis et plus largement d’un département qui a souffert d’une mauvaise réputation assez injustifiée, c’est ce qui me plaît, résume-t-il, et c’est aussi comme ça que je vois l’utilité de mon rôle d’ambassadeur du In. »

Également créateur du logo du « In » au début de l’aventure de la marque territoriale du Département en 2016, Gonzague Lacombe poursuit ainsi un parcours qui n’a rien de linéaire où il a enchaîné fac de biologie à Toulouse, puis un CAP de peintre lettre décorateur, avant une formation de graphiste et un début de carrière professionnelle dans la pub. « Après un bac scientifique, je me suis rendu compte que ce n’était pas mon truc, la pub non plus même si j’ai travaillé dans une agence pendant deux ans. Je ne me sentais pas faire carrière dans ce secteur, j’aurais pu pourtant… En fait, j’avais besoin de mener des projets culturels et surtout pas me cantonner au merchandising. »

L’art pour changer la vie

Une aspiration qui perpétue en tout cas la filiation artistique de la famille puisque sa mère, Jeanne Lacombe, diplômée des beaux-arts, est artiste plasticienne et l’a amené à quitter Toulouse pour la Seine-Saint-Denis.  Une découverte : « Avant d’arriver à Saint-Denis en 2012, je ne la connaissais que par NTM !, plaisante-t-il. Et puis, j’ai appris à la découvrir tout comme le 93. Par le biais du In, on se rend d’ailleurs compte qu’il y a une grande richesse créative en Seine-Saint-Denis. Plus ça va, plus la banlieue est attrayante. Et ça tient aussi à sa grande diversité culturelle, pas seulement à une question de prix de l’immobilier plus attractif. Il y a de moins en moins de préjugés par rapport au 9-3, tant mieux si les artistes y contribuent un peu… »

Frédéric Haxo
Crédits photo: Bruno Lévy

 

(1) La lampe et le Basiboum de Gonzague Lacombe sont en vente au Pointcarré à Saint-Denis : www.pointcarre.coop

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