Louis Lefèvre, le recyclage dans les nuages

Sur l’Ile-Saint-Denis, ce jeune ingénieur recycle des toiles de montgolfières pour en faire des « bean bags. » Son concept s’appuie sur un écosystème bien ancré sur ses nouvelles terres de Seine-Saint-Denis dont il est « tombé amoureux. » Portrait.

Du côté de l’Ile-Saint-Denis, Louis Lefèvre voit la vie de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, malgré le ciel plombé qui n’a offert que quatre minutes de soleil à l’Ile-de-France lors de cette première semaine de 2019. Et ce n’est pas parce qu’il bénéficie d’un microclimat ilien mais bien parce que sa petite entreprise « La tête dans les nuages » en recyclant ballons de montgolfières ou toiles publicitaires pour en faire des coussins géants lui offre un large nuancier de tonalités bariolées dans son atelier-bureau. Un projet germé dans son esprit alors que le jeune homme originaire de Picardie boucle ses études d’ingénieur agronome via un stage de fin d’études au sein d’une start-up –Phenix- qui aide les entreprises à réduire le gaspillage en réveillant le potentiel de leurs déchets. « Moi, j’étais chargé d’un projet de recyclage des caisses de poisson en polystyrène, je devais trouver un moyen d’enlever les odeurs, mais je n’y suis jamais arrivé, sourit-il. »

Des poissons aux ballons

Pas question pour autant de noyer le poisson avec des larmes de désespoir, il trouve une autre déclinaison à son projet : « J’avais envie de persévérer dans cette voie du recyclage pour prolonger mes études d’agronomie qui comportaient un volet environnement et gestion des déchets et en discutant avec un ami, on s’est dit pourquoi ne pas recycler les ballons des montgolfières… » L’idée est testée via un tour de France téléphonique des clubs d’aérostiers ravis de se débarrasser de toiles encombrantes que les « normes de sécurité obligent à changer environ toutes les 600 heures de vol », explique Louis Lefèvre. Reste à les remplir de polystyrène d’emballages récupérés auprès de magasins d’électroménagers, les nettoyer, les couper et les assembler. Pour effectuer ces deux dernières tâches, Louis décide d’installer son entreprise à l’Ile-Saint-Denis, tout près de Modestime, ambassadeur du In-Seine-Saint-Denis. L’atelier de mode solidaire colle en effet avec la philosophie du néo-entrepreneur : « Comme eux, j’avais envie de m’appuyer sur une production la plus vertueuse possible sur le plan humain et surtout pas de faire assembler mes produits en Chine. » Et pour boucler la boucle de son projet économie solidaire et circulaire, il s’appuie côté blanchisserie de ses toiles sur l’Etablissement de Service et d’Aide par le Travail (ESAT) des Muguets au Bourget. Après un an et demi d’activités ne reste maintenant plus qu’à multiplier les « bean bags » à partir des 700 à 2000 m2 de toile d’une montgolfière qui « permettent de fabriquer environ 200 poufs », précise Louis Lefèvre. Seul aux commandes de sa micro-entreprise, le jeune homme de 26 ans compte « bien développer une alternative visible aux coussins géants du marché qui ne sont pas faits en France et pas recyclables. »

Les ambassadeurs réunis

Le tout en gardant la tête dans les nuages évidemment et surtout les deux pieds bien ancrés en Seine-Saint-Denis dont ce fils de fermiers de l’Oise est « tombé amoureux.

« En m’installant sur cette petite île qui est très loin des clichés qu’on peut avoir sur la Seine-Saint-Denis, je me suis aperçu que ce département était un vrai terrain d’innovations en tout genre où l’écosystème de l’économie sociale et solidaire (ESS) est extrêmement riche. »

Entre Modestime, LIL’O ou Halages –tous d’ambassadeurs du In. NDLR-, je suis déjà bien entouré à l’Ile-Saint-Denis avec des acteurs de l’ESS qui se battent pour une économie plus humaine. Avec eux, il y a plein de synergies à créer, c’est génial pour avancer. » Et pour décoller aussi…

Frédéric Haxo

Les bean-bags de Louis Lefèvre sont en commande sur www.ltdln.com

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