Joachim Pflieger, Fondation Fiminco: « la Seine-Saint-Denis est un territoire pour penser la culture ensemble… »

Joachim Pflieger, Fondation Fiminco: « la Seine-Saint-Denis est un territoire pour penser la culture ensemble… »

Entretien avec Joachim Pflieger, directeur général de la Fondation Fiminco. Depuis 2017, cet ambassadeur du IN Seine-Saint-Denis a œuvré à la création d’un nouveau quartier culturel à Romainville sur le site des laboratoires pharmaceutiques de Roussel-Uclav. Un « Bauhaus » en mode « 93.0 » qui sera ouvert sur la ville. C’est à découvrir en juillet et en août pendant le Bel été solidaire mais aussi les 4 et 5 juillet lors du Paris Gallery Weekend.

Dans le « melting-pot » de la Seine-Saint-Denis, Joachim Pflieger, 36 ans, arrive en droite ligne de Gascogne où il a grandi à Agen. Mais son parcours professionnel l’a peu à peu rapproché du 93 jusqu’à devenir en 2017 le directeur général de la Fondation Fiminco, émanation du groupe immobilier du même nom, qui s’est donné pour ambition de bâtir à Romainville le nouveau pôle culturel du Grand Paris, soit 46 000 m² dédié à l’art sur le site des ex-laboratoires pharmaceutiques du groupe Roussel-Uclaf. « Un projet exaltant » dont Joachim Pflieger dévoile une partie des coulisses au IN lors de cet interview aérée parce que réalisée sous les 14 mètres de hauteur de plafond de La Chaufferie…

Pour commencer, dessinez-nous les contours de ce nouveau quartier culturel que Fiminco invente et bâtit depuis 2017 à Romainville ?

Ce sera un quartier de 46 000 m2 composé de quatre galeries d’art (Air de Paris, Jocelyn Wolff, Sator et In Situ Fabienne Leclerc), d’une résidence accueillant 18 artistes internationaux. En septembre, il y aura aussi l’arrivée à Romainville du Fonds Régional d’Art Contemporain, le FRAC Ile-de-France comme l’arrivée d’une école américaine, la Parsons School of Design qui est une école de design et de mode qui a aussi fait le choix de rejoindre la Seine-Saint-Denis. Mon métier, ces derniers mois depuis 2017, a été d’aller chercher et de rassembler tous ces acteurs-là pour le groupe immobilier Fiminco qui est donc le propriétaire de ces lieux. La Fondation Fiminco arrive à Romainville avec le désir d’aider et de soutenir les artistes tout au long de leurs parcours créatifs.

Mais, pourquoi choisir le site de Romainville pour cette Fondation, pas simplement parce que ce sont des mètres carrés disponibles près de Paris ?

Pas que, effectivement… Romainville, c’est d’abord une vraie proximité avec les transports, on est à huit minutes à pied de la ligne 5 du métro, donc nos sommes accessibles à toutes et à tous. Et puis, on est à Romainville et en Seine-Saint-Denis sur un territoire où beaucoup d’artistes sont installés depuis longtemps. Donc, il y avait du sens à s’établir ici.

 

Joachim Pflieger. Directeur Général de la Fondation Fiminco

Romainville, c’est donc le choix de travailler dans un environnement ouvert, de ne pas « couper » ce quartier culturel de la ville et de la vie qui est autour ?

Joachim Pflieger. Oui, je crois beaucoup au fait de tisser des relations fortes avec le territoire qui nous accueille, ce qui passe d’abord par les écoles, les associations implantées à Romainville et plus largement en Seine-Saint-Denis. J’ai beaucoup travaillé dans le secteur de l’art contemporain et je sais à quel point ce peut être, aussi, un monde qui semble éloigné des préoccupations quotidiennes. Pourtant, c’est tout le contraire, parce que les artistes ont toujours abordé les grandes questions de société à travers leurs créations.

Mais, concrètement, en dehors de l’intention, comment s’y prendre pour ouvrir ce nouveau Pôle culturel à un maximum d’habitants de Seine-Saint-Denis ?

Joachim Pflieger. Moi, ce que je veux montrer ici à Romainville, en ouvrant au maximum l’envers du décor, c’est qu’il y a aujourd’hui de vraies questions sur la société qui sont abordées par des artistes émergents qui ont entre 25 et 40 ans. Et ce sont ces artistes qu’on va accueillir en résidence pendant 11 mois sur le site de la Fondation Fiminco.

Pour faire simple, ce qu’on veut faire aussi ici en Seine-Saint-Denis, c’est offrir à une diversité d’artistes des ressources, mais aussi un accompagnement pour leur permettre de créer dans un environnement de travail idéal. Ensuite, même si ça peut paraître un poncif de l’art, je crois beaucoup au croisement entre les disciplines artistiques et c’est pour cela qu’on aura des designers, des plasticiens, bientôt une Compagnie de danse avec la chorégraphe Blanca Li qui sera, dès la fin 2020, en résidence sur le site. Tout cela assemblé nous ramène à ces grandes écoles, ces grands moments de l’art qu’ont pu être le Bauhaus en Allemagne ou d’autres expériences américaines où musiciens, plasticiens, metteurs en scène, chorégraphes se retrouvaient dans un même lieu de vie et de création.

Alors, imaginons la Fondation Fiminco un instant, lorsqu’elle aura pris son envol. Elle ressemblera à quoi ?

Et bien, il faut imaginer une journée où vous pourrez visiter jusqu’à huit expositions, rentrer chez les galeristes, aller à la découverte des plus de 1 700 pièces de la collection du FRAC Ile-de-France. Les plus passionnés, comme les habitants de Seine-Saint-Denis, pourront observer comment le FRAC conserve ses différentes œuvres. Et à côté, il y aura des expositions dans la Chaufferie monumentale de 14 mètres sous plafond, des talks, des projections de films et puis des portes ouvertes régulières des ateliers d’artistes, de sérigraphie. Ce sera un lieu foisonnant et c’est un foisonnement qui ne sera pas exclusivement réservé à un petit nombre. C’est d’ailleurs cette volonté d’ouverture qui nous a amené à signer, le 1er juillet dernier, une Convention d’éducation artistique et culturelle avec le Conseil Départemental de la Seine-Saint-Denis.

Justement, cette convention, que contient-elle en quelques mots et quel est son esprit ?

Joachim Pflieger. Deux possibilités sont ouvertes par cette convention qui nous fait entrer dans le dispositif départemental l’Art et la culture au collège : envoyer certains de nos artistes en classe pour animer des artistes ou alors accueillir les collégiens ici pour des expositions ou bien à la découverte de nos ateliers ou artistes en résidence. Enfin, dès cet été nous nous sommes insérés dans l’opération du Bel été solidaire aux côtés du Département. Et donc, en juillet et août, on pourra visiter la Fondation en prenant rendez-vous au préalable sur le site de la Seine-Saint-Denis.

Un mot sur vous pour finir, et votre rôle d’ambassadeur du In-Seine-Saint-Denis ?

Joachim Pflieger. Pour faire court, j’ai 36 ans, je suis né à Bordeaux, j’ai grandi à Agen et après des études à Science-Po Paris, j’ai fait toute ma carrière dans la culture en travaillant successivement à l’Opéra de Paris, au Teatro Real à Madrid où j’étais en charge de tous les programmes éducatifs. Et puis, à partir de 2012, j’ai travaillé à Pantin et à Paris avec la Galerie Thaddaeus Ropac où j’ai tissé des liens pour accueillir, pas seulement des galeristes, mais aussi le public le plus large possible : donc des écoliers, des familles pantinoises. Et puis, finalement, j’ai rejoint Fiminco en 2017 avec le défi, l’envie d’inscrire un nouveau quartier culturel dans cette ville de Romainville et aussi ce qu’on appelle encore parfois le Bas-pays de Romainville. Alors, on invente, certes, un « nouveau » lieu mais on a également voulu garder le lien avec le passé de ce site en conservant, entre autres, la Chaufferie qui était l’ancien centrale thermique des labos Roussel-Uclav. Pour moi, il est clair que le monde de l’art a tout à gagner à réinvestir des lieux comme ce site industriel de Romainville et à quitter aussi, sans l’abandonner évidemment, l’univers un peu aseptisé des musées. Ici, à Romainville, nous sommes dans un lieu complètement hors-normes.

Bref, vos liens avec la Seine-Saint-Denis se sont finalement noués autour de la culture ?

Joachim Pflieger. Exactement… Lorsque j’ai travaillé avec le Belge Gérard Mortier, directeur de l’Opéra de Paris entre 2004 et 2009, une de mes missions était de sortir l’opéra des frontières du périphérique et nous avons donc monté « Cosi fan tutte » à la MC93 de Bobigny. Gérard Mortier voulait amener l’art en banlieue, tout comme Thaddaeus Ropac avec lequel j’ai travaillé sur le site de sa galerie de Pantin. Alors, oui, c’est vrai, je ne suis pas arrivé à Romainville, pour ce projet exaltant, complètement par hasard…

 

Entretien réalisé par Frédéric Haxo

Crédits photo: Bruno Levy


Au cœur du Bel été solidaire

Le site romainvillois de la Fondation Fiminco ne s’ouvre pas qu’aux scolaires. Dès juillet-août, il accueillera tous les mercredis des groupes de 10-15 personnes dans le cadre de l’opération du « Bel été solidaire de la Seine-Saint-Denis ». Ce dispositif, mis en place après la crise économique et sociale provoqué par la pandémie du Covid-19 proposera diverses activités estivales dans des différents domaines : culture, sport, maraîchage, artisanat…

Le programme est à retrouver sur https://ssd.fr/LeBelEteSolidaire