Stéphane de Freitas, un ambassadeur In Seine-Saint-Denis engagé dans l’art oratoire

Stéphane de Freitas, un ambassadeur In Seine-Saint-Denis engagé dans l’art oratoire

A 31 ans, cet ardent défenseur de la liberté d’expression a su trouver avec Eloquentia le bon outil pour sensibiliser les jeunes de Seine-Saint-Denis au pouvoir des mots. Ce programme d’initiation à la prise de parole en public rencontre un fort engouement dans le département et au-delà. Portrait.

Ne dites surtout pas à Stéphane de Freitas que, comme le veut l’adage : « la parole est d’argent, mais le silence est d’or ». Pour ce créateur d’Eloquentia, programme de prise de parole en public, la maîtrise du langage est non seulement clé dans la construction d’un d’individu, mais aussi dans le fonctionnement de notre société. Et la réussite de son association en atteste : en 5 ans, plus de 1800 jeunes ont profité de cette formation à l’art oratoire, lancée initialement à la fac de Paris-8 Saint-Denis. « Au départ, la création d’Eloquentia obéit à deux logiques, rappelle le jeune homme de 31 ans. D’une part, je voulais un dispositif qui permette à beaucoup de jeunes de prendre confiance en eux.

 

« Je voulais aussi aller à l’encontre du cliché sur le jeune dit « de banlieue ». Il y en a vraiment ras-le-bol de cette image. Oui, il y a de la casse sociale, oui, il y a du décrochage, mais il y a tous ces jeunes – et ils sont majoritaires en Seine-Saint-Denis- qui essaient d’aller au bout de leurs rêves. »

Natif des Lilas avant une adolescence passée à Aubervilliers, Stéphane de Freitas fait un bel ambassadeur IN Seine-Saint-Denis. Lui qui s’est rêvé un temps en basketteur pro avant d’aller décrocher ses diplômes de droit à Assas et à la prestigieuse école de commerce de l’Essec a à coeur de démontrer qu’il existe en Seine-Saint-Denis autant de profils différents que dans le reste de la société.

 

« Mon engagement, c’est d’essayer de mettre à mal des stéréotypes qu’on a sur la jeunesse de banlieue et de faire attention que ces mêmes jeunes de banlieue n’y croient pas. Car l’autocensure a des effets dévastateurs »

Lui qui a expérimenté cette sensation de décalage entre deux milieux sociaux mise donc sur l’usage de la parole pour infuser de la confiance aux jeunes de Seine-Saint-Denis. Son programme Eloquentia, porté lui-même par la structure Indigo – « un mélange de rouge et bleu, deux couleurs qu’on oppose habituellement » – se compose de deux temps : une formation proposée aux étudiants de la fac de Paris-8 Saint-Denis, puis un concours ouvert à tous les jeunes résidant en Seine-Saint-Denis.

Et ça marche : il suffit de voir les images du documentaire « A voix haute », réalisé par Stéphane de Freitas lui-même, pour s’apercevoir qu’il y a une vraie soif de prise de parole dans la jeunesse du 93. Le temps d’un film, Leïla, Souleïla, Elhadj ou encore Eddy sont ainsi devenus les visages de cette Seine-Saint-Denis fière d’elle-même et soucieuse de promouvoir un véritable vivre ensemble. Une première expérience de tournage dont ce touche-à-tout se souvient avec émotion : « C’a été une belle aventure. Il y a eu des moments durs. La première fois qu’on voit les protagonistes du concours 2015 à l’image, nous sommes le 7 janvier. L’attentat à Charlie Hebdo vient de se produire. On a choisi de ne pas le traiter dans le film parce que cela aurait eu un côté larmoyant.

 

« Mais c’était fou de voir qu’en plein coeur de Paris 8, on célébrait la parole comme nulle part ailleurs, quand la France venait justement d’être attaquée dans sa liberté d’expression. »

Dynamique, jeune et multiculturelle, c’est aussi la vision qu’a Stéphane de Freitas de la Seine-Saint-Denis. « La France de demain ne va pas s’en sortir uniquement en vendant des saucissons ou des pulls Saint-James. Il faut comprendre que notre pays est riche de sa jeunesse métissée, qui vit en partie en Seine-Saint-Denis. Moi-même, je suis issu de l’immigration, et je ressens cette double culture comme une force », témoigne ce citoyen du monde, né d’un père originaire de Guimaraes et d’une mère portugo-espagnole.

Fort de la réussite d’Eloquentia, le jeune homme aimerait maintenant voir son programme « devenir le plus grand concours de prise de parole de la jeunesse de France ». Avec Nanterre, Limoges ou encore Grenoble qui se sont ralliés à son panache indigo, c’est un bon début. A l’échelle de la Seine-Saint-Denis, Eloquentia poursuit aussi son petit bonhomme de chemin : les anciens élèves du programme interviennent ainsi dans les collèges pour accompagner certaines initiatives du Département comme le Conseil départemental des Collégiens ou des consultations autour des JO 2024. Selon l’adage : la parole est le meilleur outil de la démocratie.

 

Christophe Lehousse