L’agriculture urbaine In Seine-Saint-Denis, des projets cimentés par l’humain

L’agriculture urbaine In Seine-Saint-Denis, des projets cimentés par l’humain

Lors du dernier Salon International de l’Agriculture, la Table des idées du In a fait phosphorer ses ambassadeurs et ambassadrices sur différentes questions liées au développement de l’agriculture urbaine. Dont celle-ci : « Peut-on rendre le ciment fertile ? » Vaste interrogation qui n’a laissé personne de marbre.

Avec plus de 300 lieux dédiés à l’agriculture urbaine et à l’alimentation durable recensés sur son territoire , la Seine-Saint-Denis prouve qu’elle peut faire de la place à autre chose que du béton même en faisant partie du trio des départements les plus densément peuplés de l’hexagone. Ex-terre maraîchère, le département 93 renoue d’ailleurs au 21 e siècle avec ses racines agricoles comme il l’a démontré en exposant la diversité des initiatives et projets de ses ambassadeurs lors du récent Salon International de l’Agriculture . Un évènement où la « Table des idées du In Seine-Saint-Denis » a aussi remué la terre et le débat en posant des questions comme « Peut-on rendre le ciment fertile ? » Éléments de réponse avec quatre ambassadeurs du In, acteurs et actrices de l’agriculture urbaine.

Réponse #1: « Notre ciment, c’est d’abord du liant humain »

Magalie Parpade, responsable de la pépinière René.e à Pantin

« Le ciment qu’on crée à Pantin, où nous avons implanté une pépinière de quartier sur le site d’une ancienne station-essence, est d’abord humain. A travers les activités ou les ateliers animés autour de nos plantations, ce que nous produisons aussi, c’est du liant humain. En nous appuyant sur nos différents chantiers participatifs, on crée une ville fertile en termes de rencontres, de projets qui vont se nouer autour de la végétalisation des espaces urbains. Aider des citadins à renouer avec la terre, en les sensibilisant à ce qu’est concrètement la biodiversité, c’est également les encourager à aller vers d’autres modes de consommation plus durables. Et puis, à côté de cet aspect, on travaille à fertiliser les sols en travaillant avec les Alchimistes, nos colocataires, qui fabriquent du compost à partir de couches culottes collectées et recyclées localement. »

Réponse #2: « Fertilisons aussi la ville avec le béton qui nous entoure… »

Nicolas Baudez, chef de culture à la Cité Maraîchère de Romainville 

« Il faut qu’on fasse avec nos villes actuelles, avec le béton qui nous entoure : ce qui ne doit pas nous empêcher d’inventer des choses pour remettre de l’équilibre écologique en milieu urbain. En commençant par déminéraliser la ville dès qu’on le peut : exploiter les endroits où on peut enlever un peu de béton, c’est redonner l’opportunité aux habitants de Seine-Saint-Denis de remettre les mains dans la terre. Sortir les habitants des villes de la logique du tout béton, c’est aussi expliquer aux enfants que les tomates ne poussent pas dans les rayons des supermarchés, qu’il y a des saisons pour chaque culture et qu’on peut très bien faire pousser des légumes au pied de son immeuble. En exploitant des espaces préservés au milieu du béton, on peut créer une agriculture qui sera un relais pour agir socialement : la Cité Maraichère à Romainville, c’est cinq salariés en insertion sur la partie maraîchage. Et, n’oublions pas qu’installer dix centimètres de terre sur un toit pour créer un espace de culture – comme le fait, par exemple, l’association CultiCime à Aubervilliers sur les bâtiments du Fashion Center-, c’est déjà un impact écologique énorme. De la biodiversité se réinstalle, la toiture végétale rafraîchit naturellement le bâtiment l’été et c’est aussi très utile pour absorber les grosses pluies. Donc, servons-nous aussi du béton pour fertiliser la ville… »

 

 Réponse #3: « Des solutions grâce à la recherche »

Yann Chapin, directeur du LAB3S (Sols, Savoirs, Saveurs) à Bondy

« Rendre le ciment fertile, c’est une question à laquelle le LAB3S tente, en quelque sorte, de répondre en mobilisant et en animant des collaborations entre le monde de la recherche, des collectivités comme Est Ensemble et le département de la Seine-Saint-Denis, mais aussi des acteurs de l’agriculture urbaine du 93 en lien avec les habitants du territoire. Par exemple, avec le projet IPAUP-93 (Ingénierie Pédologique pour l’Agriculture Urbaine Participative), nous expérimentons comment on peut créer un sol fertile, comparable à un sol naturel, en mélangeant du compost et des terres de déblais issus des chantiers du Grand Paris. C’est un projet que nous menons sur une durée de trois ans avec des associations spécialistes de l’agriculture urbaine, implantées à différents endroits du 93 : à Bobigny avec l’association Activille, à Montreuil avec le Sens de l’Humus, à l’Ile-Saint-Denis avec Halage et chez nous à Bondy sur le campus de l’Institut de Recherche pour le Développement.

Au cœur de ce projet, notre objectif commun est d’améliorer la connaissance sur des sols urbains souvent pollués en Seine-Saint-Denis par des années d’activités industrielles, tout en proposant aussi des solutions pour permettre à nouveau une culture de ces sols. »

 

Réponse #4: « Sous le béton, il y a la terre ! »

Brice Paccart, créateur du Potager du Grand Paname , ferme maraîchère biologique dans le Parc départemental du Sausset à Aulnay-Villepinte

« Notre paradoxe avec le Potager du Grand Paname, c’est d’être au milieu du béton et des cités sur une des terres agricoles -la Plaine de France- les plus fertiles d’Europe. Nos analyses de sols sont d’ailleurs incroyables et nous permettent de produire écologiquement sur 10 000 m2 des légumes frais et de saison pour les habitants du territoire. Parce que le projet du Potager, c’est bien d’être vraiment en lien avec les habitants du territoire, de leur rendre nos légumes accessibles et c’est ce que nous faisons en travaillant avec des épiceries solidaires : grâce aux subventions qu’elles perçoivent, elles peuvent nous acheter ce que nous produisons à un juste prix. Et, l’un des autres objectifs de notre projet, c’est qu’il soit également ouvert sur l’extérieur en étant un lieu de transmission de savoir-faire liés à la terre, d’ateliers pédagogiques pour les plus jeunes afin qu’ils comprennent le rythme des saisons, l’importance de bien se nourrir. En fait, dans un environnement aussi urbain que le nôtre, nous sommes aussi là pour rappeler que sous le béton, il y a la terre… »

 

Propos recueillis par Frédéric Haxo

Crédits photo: Sophie Loubaton pour le In Seine-Saint-Denis