In Seine-Saint-Denis, une culture des friches qui prend racine

In Seine-Saint-Denis, une culture des friches qui prend racine

Zoom sur ces friches urbaines, longtemps à l’abandon, qui verdissent en ce printemps un peu partout aux quatre coins de la Seine-Saint-Denis. Sur une dizaine d’hectares de terrains mis à disposition par le Département, des projets associatifs remettent jardins, jardiniers et nature au cœur de la ville.

OBJECTIF « TERRE TERRE » A AUBERVILLIERS

Lauréat en 2019 de la 3e édition de Parisculteurs (notre encadré) l’appel à projets qui permet à la nature de s’enraciner en ville, le projet « Terre Terre » imaginé par l’association La Sauge (Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée) a commencé à prendre ses quartiers en 2020 du côté du pont du Landy qui relie Aubervilliers à Saint-Denis. Le long du canal Saint-Denis, 3000 m2 de terrains mis à disposition par le Département de la Seine-Saint-Denis vont permettre de prolonger l’expérience déjà menée par la Sauge à Bobigny sur le site éphémère de la Prairie du Canal. « A Bobigny, notre bail va bientôt s’achever, mais il nous tenait à cœur de rester en Seine-Saint-Denis, explique Floriane Navard, responsable de Terre Terre comme de la Prairie du Canal.

L’idée, c’est de créer une ferme pédagogique en s’appuyant sur les habitants du quartier.

Si en 2020, les débuts du projet ont été ralentis par la crise sanitaire, l’année 2021 va permettre le lancement du projet agricole et pédagogique sur une grande parcelle de 2 500 m2 qui va être aménagée en potager des habitants. Des lots de 1 à 5 m2 seront alloués aux habitants selon un tarif échelonné solidaire établi en concertation avec eux. » A quelques encablures du Stade de France, la Sauge a bien l’intention de fédérer une communauté d’habitants-jardiniers, mais aussi de diffuser une nouvelle vision du métier d’agriculteur à travers la promotion d’une production agricole en circuit-court. Avec déjà un calendrier bien établi : « En 2022, on prolongera l’activité du potager en créant une pépinière participative déjà existante à Bobigny et qu’on va déménager à Aubervilliers. On produira des plants bio aromatiques qu’on vendra sur le territoire aussi bien à des particuliers qu’à des professionnels, prolonge Floriane Navard. Et, toujours en 2022, l’objectif sera de déployer une activité culturelle en mettant en avant les acteurs du territoire, avec l’ouverture d’un lieu d’accueil autour d’une buvette.

L’espoir qu’on nourrit, c’est de pouvoir bénéficier d’une ouverture de notre site sur le canal. Comme nous sommes situés entre Saint-Denis et Aubervilliers, notre envie est pouvoir de faire le lien entre les deux berges et deux parties de la Seine-Saint-Denis qui se connaissent mal. »

Une communauté de jardiniers

Bref, la culture et l’agriculture seront le ferment commun d’une nouvelle vie de quartier qui prendra aussi racine par le biais de l’éducation. Floriane Navard toujours : « La partie en pleine terre du site va nous permettre de mener un projet pédagogique avec nos voisins du Collège Rosa-Luxembourg. Avec eux, on entretiendra un jardin de A à Z et on abordera aussi la thématique de la biodiversité végétale et animale comme du jardinage durable. Deux écoles primaires, l’une à Aubervilliers, l’autre à Saint-Denis, feront également partie de ce programme. » Un site que vous pourrez découvrir plus largement tous les dimanches à partir de juin. « Et à partir de cet été, on compte bien s’appuyer sur notre communauté de jardiniers afin d’organiser une journée d’ouverture bénévole par semaine, escompte Floriane Navard. De toute façon, à terme, nous ne voulons pas seulement être un lieu où on se retrouve pour pratiquer une activité de jardinage, mais bien un vrai jardin avec une grande amplitude horaire où l’on pourra se retrouver dans une ville, Aubervilliers, qui a un énorme manque en matière d’espace vert ». 

En attendant, une date est déjà à cocher sur votre agenda : le 18 mai « Terre Terre » organise le premier rendez-vous de son chantier participatif de construction du potager des habitants.


A VILLETANEUSE, L’AUTRE CHAMP, L’ASSOCIATION 100 % CULTURE LOCALE

Valoriser des espaces naturels en zones hyper-urbanisées et s’appuyer sur les pratiques agricoles comme vecteur de lien social et d’autonomie, ce sont les deux fondamentaux cultivés depuis 2015 à Villetaneuse par l’association l’Autre Champ. D’abord sur un terrain municipal investi depuis 2015 et depuis l’an dernier sur trois parcelles de près de 1000 m2 mises à disposition par le Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis.

« De quoi permettre la création d’une pépinière qui nous a déjà permis de produire près de 8000 plants à partager, mais aussi une expérience de permaculture, l’implantation d’arbres fruitiers, une petite mare pédagogique et même un poulailler »,

détaille Charles Thiébault, l’un des trois salariés de l’association l’Autre Champ et coordonnateur des activités jardins.

Avec pour toutes ces activités, la même philosophie partagée d’une « écologie populaire mise en place avec et pour les habitants. Comme nos parcelles sont implantées le long du trajet du tramway, elles attirent la curiosité des passants ou des gens qui se rendent au travail. Et c’est la base de notre politique d’être très accueillant : chez nous on peut vite se retrouver impliqués dans une de nos activités. L’idée, c’est que chacun·e, selon ses disponibilités ou ses compétences, puisse venir apporter sa contribution. » Et puis, régulièrement, l’Autre Champ propose aussi des distributions solidaires de fruits et légumes au jardin partagé

Des temps de respiration

Enfin, avec la levée envisagée des restrictions sanitaires, l’Autre Champ espère bien remettre en marche des « temps festifs à partir du mois de juin où l’on pourra partager tous ensemble notre savoir-faire et le fruit de nos productions comme lorsqu’on crée des confitures à partir de nos récoltes », poursuit Charles Thiébault. Des temps partagés qui dépassent notre activité d’agriculture urbaine et qui donnent tout simplement de la vie à nos parcelles. »

Car, au fil des confinements-déconfinements vécus depuis le printemps 2020, les parcelles de l’Autre Champ ont été un « fil vert » indispensable dans une vie urbaine coincée dans les rets du Covid-19: « C’est l’avantage d’être au grand air parce qu’on a pu maintenir des activités par petits groupes au moment où il ne se passait plus grand-chose dans la ville. Et puis, les gens avaient aussi besoin de prendre tout simplement l’air, d’avoir des temps de respiration », conclut Charles Thiébault.

Tout un univers à découvrir, samedi 15 et dimanche 16 mai, lors de la grande distribution des semis biologiques de l’association où vous seront proposées à prix libre différentes variétés de tomates, melons, courgettes, choux. Sans oublier un large éventail de fleurs et de plantes aromatiques et médicinales.

 

Fred Haxo

Crédits photo: Bruno Lévy, La Sauge, Elsa Dupré